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Bercy tourne en rond
dans le «carrousel» de la TVA
THIERRY BRETON n’aime pas les « carrousels ».Sur
tout lorsque ce mot élégant recouvre un système de fraude à la TVA
européenne qui, selon une estimation du Syndicat
national unifié des impôts, fait perdre chaque année 5 à 6 mil liards
à l’État. Dernier exemple en date, les services fiscaux en quêtent sur un
réseau très actif entre France, Grande-Bretagne et Pologne, portant
essentielle ment sur des téléphones portables et du matériel informa tique.
Depuis la mise en place du grand marché européen
en 1993, les marchandises exportées d’un pays vers l’autre, à l’intérieur de
l’union, ne font plus l’objet d’aucun contrôle physique lors du passage des
frontières par définition, celles- ci n’existent plus. L’entreprise vendeuse
— par exemple française — signale simplement au fisc français l’identité de
l’entreprise acheteuse — par exemple allemande. L’exportation se fait au
prix hors taxe, et c’est l’acheteur qui doit régler la TVA au fisc
germanique, lequel est censé avoir été averti de la transaction par
l’administration française.
Dans le système du « carrousel », cet acheteur
allemand est une société bidon, créée spécialement pour la transaction. Elle
revend aussitôt les marchandises à une autre société, elle aussi allemande,
mais, cette fois, puisqu’il n’y a pas exportation, en lui facturant la TVA.
Elle l’encaisse, sans la reverser au fisc, et disparaît tout de suite après.
Pour un ordinateur à 1 000 euros, le gain approche les 200 euros. La société
écran partage ce bonus avec son complice, le vendeur français, ou le
deuxième acheteur allemand. A moins que tout cela ne soit que du bluff et
que les marchandises ne quittent jamais la France, où elles sont revendues
sous le manteau à prix « cassés ».
Le manège a pris une telle ampleur que les
autorités européennes s’apprêtent à adopter — comme la France vient de le
faire avec la Grande-Bretagne — une mesure « anticarrousel ». Désormais, la
TVA serait perçue une seule fois, lors de la vente finale du produit au
client.
Ils veulent tuer le commerce!
H. M.
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