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Bonnes rentrées
de l'ISF, mauvaise fortune de l'UMP
Recettes records prévues pour cet
impôt, touchant surtout l'électorat de droite.
Par Nathalie RAULIN
QUOTIDIEN : Vendredi 4 août 2006 -
C'est
le seul impôt à propos duquel l'UMP ne supporte pas qu'il rapporte.
C'est donc sans joie que le rapporteur du budget à l'Assemblée,
Gilles Carrez, a dévoilé hier dans les Échos l'explosion des
recettes de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Cette année
encore, la collecte de cet «impôt idéologique» devrait bondir de 17
%, un rythme équivalent à celui enregistré l'an passé. Fin 2006,
elle devrait atteindre 3,6 milliards d'euros, 300 millions de plus
que prévu dans le budget voté l'automne dernier.
Plus préoccupant pour la majorité à quelques mois de la
présidentielle, cet impôt indexé sur le patrimoine touche plus de
450 000 foyers fiscaux désormais, soit 60 000 de plus que l'an
passé. Un nombre dont la droite présuppose sans grand risque qu'il
est puisé dans sa clientèle électorale. Le boom de l'immobilier
expliquant largement cette augmentation des assujettis, les
parlementaires UMP qui, comme le sénateur Philippe Marini ou le
député Pierre Lellouche, réclament depuis longtemps un toilettage de
l'ISF devraient revenir à la charge d'ici à la fin de l'été. Avec un
double leitmotiv : la hausse du seuil de déclenchement de l'impôt de
750 000 à 800 000 euros, et le relèvement de l'abattement de 20 %
sur la valeur de la résidence principale.
Contribution modeste. Pour
l'heure, le gouvernement fait la sourde oreille. Un sondage, publié
mi-juin par le magazine Challenges, lui a rappelé l'attachement de
l'opinion publique à l'impôt qui a succédé en 1989 à l'impôt sur les
grandes fortunes. Plutôt que de risquer la polémique, Bercy avait
préféré l'an passé mettre en place un «bouclier fiscal» , qui limite
à 60 % des revenus l'ensemble des impôts directs payés par un
contribuable. Une mesure dont l'effet amortisseur est favorable aux
gros patrimoines.
Pour le ministère de l'Économie, l'enjeu est faible. L'ISF compte
pour presque rien dans la marée des recettes fiscales. A titre
d'exemple, son rendement est 47 fois inférieur à celui de la TVA
(145,3 milliards d'euros en 2005) et près de 18 fois plus faible que
celui de l'impôt sur le revenu (54,2 milliards). Finalement, il
représente à peine 1 % des rentrées fiscales. L'augmentation des
assujettis elle-même est à relativiser. Rapporté aux quelque 34,5
millions de foyers fiscaux, le nombre de redevables demeure faible
(à peine 2 % en 2005). Surtout, leur contribution reste modeste :
275 euros pour un couple sans enfant déclarant un patrimoine de 800
000 euros (soit cinq fois plus que le patrimoine moyen brut des
Français). Selon le Syndicat national
unifié des impôts (Snui), 86 % des redevables de l'ISF se
situent dans les deux premières tranches (entre 750 000 et 2 380 000
euros) et acquittent à ce titre une facture moyenne de 1 100 euros,
l'équivalent d'une taxe foncière.
Distorsion. Impôt symbolique, l'ISF
ne satisfait pourtant pas à l'exigence de justice fiscale : les
actions, les biens professionnels, les oeuvres d'art, les droits de
propriété artistique ou industrielle en étant totalement, ou du
moins très largement, exonérés, le patrimoine taxé est en réalité
essentiellement foncier et immobilier. Conscient de cette
distorsion, le Conseil des impôts plaide depuis plusieurs années
pour un élargissement de l'assiette de l'ISF et la baisse de son
taux. Une demande de réforme à rebours de celle réclamée par l'UMP. |