Johnny ne serait que la pointe de l'iceberg
 

Chaque jour, un Français part à l'étranger pour échapper à l'impôt sur la fortune.

La Suisse est la destination favorite de ces expatriés fiscaux.
 

"J'en ai marre, comme beaucoup de Français, de payer ce qu'on nous impose comme impôts, voilà j'ai fait mon choix", a clamé jeudi l'icône nationale du rock en confirmant son intention d'aller s'établir une partie de l'année dans son chalet de Gstaad, paisible station de sports d'hiver helvète.

Cette annonce jette un coup de projecteur sur un phénomène connu mais tabou : l'exil fiscal. Le nombre exact de Français qui partent, souvent discrètement, s'installer à l'étranger, pour ne plus être soumis à l'impôt sur le revenu et à l'impôt sur la fortune (ISF), est évalué à "un par jour" par Gilles Carrez, rapporteur général (UMP) du Budget à l'Assemblée. Les artistes Alain Delon et Charles Aznavour, l'ancien coureur automobile Alain Prost, la championne de tennis Amélie Mauresmo mais aussi nombre d'hommes d'affaires en vue et moult anonymes résident à l'étranger.

La difficile harmonisation européenne

L'ex-PDG du groupe Vinci, Antoine Zacharias, parti sur fond de scandale autour de sa rémunération, s'est installé tout récemment à Genève, selon Les Echos. Un choix parfaitement légal à condition de résider effectivement hors de France plus de 183 jours par an. En 2003, Bercy estimait ainsi à environ 370 le nombre de "délocalisations liées à l'ISF", un niveau stable depuis 1997. D'où un manque à gagner d'environ 7 millions d'euros l'année suivante pour l'Etat, soit 0,3% des recettes d'ISF.

Quant aux destinations choisies, elles sont sans surprise. Les plus fortunés prisent fort la Suisse et son secret bancaire. La Belgique constitue une autre destination de choix, notamment pour les entrepreneurs ayant cédé leur entreprise et souhaitant échapper à la fois à l'imposition des plus-values et à l'ISF.

Malgré la hausse continue du nombre d'assujettis à l'ISF et des recettes qu'il génère, ces départs apportent de l'eau au moulin des pourfendeurs de cet impôt. Le gouvernement l'a d'ailleurs modifié par petites touches, via des abattements sur les plus-values de cession ou le fameux bouclier fiscal, qui limite à 60% des revenus le montant des impôts directs des personnes. Une solution consisterait à "mener d'urgence un travail d'harmonisation fiscale au niveau de l'Union européenne", estime Vincent Drezet, du Syndicat national unifié des impôts (Snui). Un chantier délicat sur lequel les 25 avancent laborieusement.