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Le blues des agents du fisc
Derrière les réputations de nantis et de rigidité des agents des
impôts, existe une autre réalité. Celle d'une administration qui ne
cesse de se réformer depuis cinq ans.
S'IL ne s'agissait
que d'habitudes à changer, le blues ne serait pas si profond. Or,
c'est l'essence même du métier des agents des impôts qui est
atteint. Les anciens ressortent le « c'est plus comme avant... »
Mais les jeunes aussi sont dubitatifs: «Notre métier est d'une
complexité sans nom. Ils disent qu'ils simplifient, qu'ils
facilitent les choses. Mais nous, sur le terrain, on n'a pas
l'impression d'aller dans ce sens. » Les mauvaises langues ne
disent-elles pas que la seule simplification valable doit
s'appliquer au code général des impôts? .
Les témoignages veulent tous rester anonymes. Ainsi cette cadre, C.,
35 ans. « Quand je suis arrivée, j'étais entourée de gens pointus.
Maintenant, tout le monde est dans le flou. La polyvalence nous fait
toucher à tout, sans aller au fond des choses » Et partout ce
sentiment, « de tout faire à la va vite ». La conscience
professionnelle en prend un coup.
Et les belles idées,
sur le papier, d'être foulées au pied. Comme le Service des impôts
des entreprise - SIE - et son interlocuteur fiscal unique, résultat
d'une fusion entre trésorerie et centre des impôts. L'interlocuteur
n'est pas une personne, mais un service « à la barque très chargée
avec des collègues qui ont appris un autre métier », dénoncent les
délégués, Jean-Paul Dor et Eric Darnois, du
Snui. Le mélange se fait difficilement et les nouveautés à
ingurgiter sont phénoménales. « L'agent est gavé d'infos », il n'a
plus le sentiment de maîtriser. « Or, nous, on est à la base,
dénonce l'un d'eux. On est en contact avec les gens, on aimerait
répondre correctement. Faut qu'on puisse comprendre et répondre
pourquoi c'est comme ça »
Laisser du temps au
temps, répliquent en substance Jacky Génin, directeur des services
fiscaux de Moselle et son adjoint, Alain Vernier, directeur
départemental. Ils sont conscients de ce manque de stabilité depuis
2001."A l’organisation qui évolue, se rajoute de nouvelles
fonctions » avouent-ils.’on n’a pas pu faire de big bang. On a opté
pour le glissement.» Avec toute la déstabilisation que cela génère.
La direction demande encore un peu de patience. « Nous ne sommes pas
au bout de notre logique. 2008 est notre objectif ». Le programme
informatique Copernic, avec -enfin - des passerelles entre ses
innombrables applications sera disponible. Les chèques continueront
à diminuer grâce à la montée en puissance des déclarations sur
Internet. L'informatique est devenue projet structurant. Mais
personne n'a songé à l'application "humanité". « Nos tâches sont
mesurées, quantifiées. Si les objectifs ne sont pas atteints, on
nous qualifie de nuls », témoigne anonymement un autre
fonctionnaire. Le tout, accompagné de baisse d'effectifs. Car, en
toile de fond, l'objectif est bien là.
Laurence SCHMITT.
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