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Impôts : Breton pas
économe de promesses
Thierry Breton. «S'il y a un prix de la
bêtise, il peut l'avoir», a estimé Julien Dray, porte-parole du PS, à
propos du ministre des Finances. (REUTERS)
Le ministre des Finances voudrait prélever le
revenu à la source dès 2009. En exonérant les revenus 2008. Une annonce
toute électorale
Coup médiatique ou retour de flamme du
gouvernement ? La volonté du Premier ministre de mettre en oeuvre la
retenue à la source de l'impôt sur le revenu à partir de 2009 est à tout
le moins tardive. Présente sur la plateforme électorale de l'UMP en 2002,
cette réforme avait été discrètement enterrée six mois plus tard par un
gouvernement Raffarin peu soucieux de s'attirer les foudres des syndicats
des finances. Son retour sur la scène médiatique à quatre mois d'une
nouvelle échéance présidentielle attise donc toutes les suspicions. Au
ministère de l'Économie d'abord. Alors que, depuis un mois, le climat
social s'est fortement dégradé, les agents ironisent sur la valeur d'une
annonce qu'il appartiendra à d'autres de mettre en musique. Le PS,
partisan de cette réforme, soupçonne, lui, un coup de bluff électoraliste.
Tour d'horizon des avantages et des faux-semblants de la retenue à la
source.
Qu'est-ce que cette réforme ?
La retenue à la source n'est pas une mesure
fiscale, mais une façon de prélever l'impôt. Les revenus sont alors taxés
au fur et à mesure qu'ils sont perçus par le salarié, et non plus l'année
suivante sur la base de la déclaration transmise au fisc. L'impôt sur le
revenu est donc payé en temps réel, et non plus avec un an de décalage,
comme aujourd'hui. Dans les années 70, période de forte inflation, de
hausse régulière des revenus et de faible chômage, ce décalage était très
avantageux pour les contribuables, même si beaucoup devaient surmonter un
problème de trésorerie au moment du départ à la retraite. Aujourd'hui, il
en va autrement : dans un contexte de modération salariale, de sagesse des
prix et d'instabilité du marché du travail, il arrive fréquemment qu'un
contribuable se trouve dans l'incapacité de payer un impôt indexé sur les
revenus de l'année précédente.
Qui est concerné par la réforme ?
Tous les foyers fiscaux. Néanmoins, les
salariés et les retraités seraient touchés au premier chef. Pour éviter la
diffusion de données individuelles privées, l'administration fiscale
communiquerait aux entreprises et aux caisses de retraite le taux
d'imposition du contribuable. L'entreprise (ou la caisse de retraite)
appliquerait après cotisations ce taux au salaire (ou à la pension), puis
reverserait les sommes correspondantes au fisc. En fin d'année, l'impôt
serait ajusté pour tenir compte des fluctuations de revenus ou des
changements de situation du contribuable (enfants, divorce...). Le
traitement des professions libérales est a priori plus délicat : difficile
de demander à un avocat ou un commerçant de prévoir en début d'année le
montant de ses recettes sur les douze mois suivants. Par souci d'équité,
Bercy réfléchit à un système d'à-valoir sur l'impôt, lequel ne serait
soldé qu'une fois les comptes annuels de ces non-salariés bouclés. Pour l'État,
cette réforme est l'occasion de diminuer le coût de collecte de l'impôt
sur le revenu l'un des plus élevés en Europe. Les syndicats, qui
craignent des centaines de suppressions de postes, y sont hostiles.
Le contribuable y gagnera-t-il ?
Attention aux faux espoirs. François Hollande
a alerté l'opinion sur la «manoeuvre» qui consiste à laisser
planer, comme l'a fait Thierry Breton, l'espérance d'une année fiscalement
blanche en 2008 : «Même avec la retenue à la source, on paiera ses
impôts en 2009 et en 2008», a prévenu le premier secrétaire du PS. A
raison. Car, à défaut d'être imposables sur leurs revenus de l'année
précédente (2008), les contribuables le seront d'emblée sur leurs revenus
de l'année 2009. Pis : si leurs émoluments ont augmenté d'une année sur
l'autre, l'impôt à payer sera même supérieur à celui qu'ils auraient
acquitté en l'absence de réforme. C'est notamment vrai dans le cas d'un
salarié qui commencerait (ou recommencerait) à travailler l'année de la
mise en place de la retenue à la source (en 2009, donc). A contrario, le
contribuable dont les revenus dégringoleraient à la suite d'une perte
d'emploi ou d'un départ en retraite l'année de transition, gagnerait
immédiatement à la réforme. Toutefois, nombre de questions demeurent en
suspens. C'est notamment vrai du traitement réservé aux réductions et
crédits d'impôt (soit 8,16 milliards d'euros en 2006) de dons aux
associations, réduction pour emploi d'un salarié à domicile et autre prime
pour l'emploi attachée à l'année fiscale gommée pour cause de réforme.
«Ça fait partie des choses à discuter, admet-on à Bercy. Si ces
réductions d'impôt ont vocation à perdurer, comme c'est probable, il
faudra trouver le moyen de les financer. Le budget de l'État peut
difficilement absorber deux années de réduction d'impôt en une seule
fois.»
La progressivité de l'impôt est-elle
menacée ?
En théorie, non. La retenue à la source
n'impose a priori pas de modifier la structure de l'impôt. Toutefois, ce
peut être une conséquence fâcheuse d'une réforme dont un objectif non
avoué est de diminuer la sensibilité et donc la capacité de protestation
de l'opinion. L'étude, «toujours d'actualité», publiée en
février 2002 par la direction générale de la comptabilité publique,
précisait que le prélèvement à la source ne pouvait rendre la collecte
moins coûteuse que s'il s'accompagnait de l'individualisation et d'une
simplification drastique de l'impôt sur le revenu. Et ce même si la
modernisation de l'informatique de Bercy rend désormais praticable la
réforme. Visées : les suppressions du quotient familial ou des niches
fiscales (investissements dans les DOM-TOM, réductions d'impôt pour emploi
d'un salarié à domicile...). Vincent Drezet, du
Syndicat national unifié des impôts, résume : «La retenue à la
source n'est qu'un système d'acompte privatisé de l'impôt. Le véritable
enjeu, c'est la forme que prendra l'impôt sur le revenu demain !»
Comment font nos voisins ?
Dans la quasi-totalité des pays développés, la
retenue à la source est la norme : les contribuables paient l'impôt à
mesure qu'ils perçoivent leurs revenus suivant le principe du «paie ce que
tu gagnes» anglo-saxon. A part la France, le Portugal est le
dernier pays européen à l'avoir mis en place, en 1989. L'Allemagne
applique la retenue à la source depuis 1920, la Grande-Bretagne depuis
1944, la Grèce depuis 1955, l'Italie depuis 1973.
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