Le ministère de l'Economie
travaille pour 2008 à un projet d'"impôt minimum alternatif",
impôt-plancher qui limiterait les déductions offertes par les niches
fiscales, a appris mardi l'AFP de sources concordantes.
Lors du débat sur le "paquet
fiscal", la ministre de l'Economie Christine Lagarde "s'était engagée à
faire un rapport et des propositions" sur ce sujet dans le budget 2008.
"J'ai su qu'elle y travaillait", a déclaré à l'AFP Pierre Méhaignerie,
ancien président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Selon le député UMP, Mme
Lagarde avait pris cet engagement à la demande de nombreux parlementaires
de la commission des Finances qui réclamaient "soit le plafonnement des
niches fiscales soit la mise sur pied d'un impôt minimum alternatif comme
il en existe en Amérique du nord".
Confirmant les informations du
Canard Enchaîné dans son édition à paraître mercredi, une source
gouvernementale a indiqué à l'AFP que Mme Lagarde rendrait public ce
nouveau dispositif avant le 15 octobre sous la forme d'un rapport au
Parlement.
Le parlement doit débuter
l'examen du projet de budget le 16 octobre. Ce dispositif fiscal serait
intégré au projet de loi de finances 2008 sous forme d'amendement.
Les modalités du projet ne sont
pas encore connues mais, selon M. Méhaignerie, l'impôt-plancher ne
concernerait que "la dernière tranche, ou les deux dernières, mais
certainement pas au-delà", pour empêcher les "hauts revenus de déduire par
des niches fiscales la quasi totalité de leurs revenus".
Il reviendrait à fixer le
montant minimum qu'un contribuable se doit d'acquitter en fonction de ses
revenus. Les déductions et abattements -- les fameuses "niches" -- dont il
bénéficie (investissements dans les DOM-TOM, restauration de monuments
historiques, emploi d'un salarié à domicile, etc.) ne peuvent faire
descendre le montant de son impôt sur le revenu en-dessous de ce plancher.
"Comme la France se caractérise
par un grand nombre de niches fiscales, il ne faut pas que les hauts
revenus s'extraient de leur participation à la vie du pays", a estimé M.
Méhaignerie, qui avait déposé un amendement en ce sens lors du débat sur
le "paquet fiscal" en juillet.
L'une des principales mesures
de cette loi "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat"
(TEPA) entrée en vigueur le 21 août, est de ramener de 60% à 50% le seuil
maximum des impôts directs payés par un contribuable en intégrant les
prélèvements sociaux (CSG et RDS) à partir de 2008.
De nombreux parlementaires,
dont M. Méhaignerie et l'actuel président de la commission des Finances,
le socialiste Didier Migaud, avaient demandé que cette mesure favorisant
les plus hauts revenus soit assortie d'une réduction des "niches fiscales"
ou, à défaut, d'un impôt minimum alternatif.
Fin 2005, le syndicat Snui,
majoritaire aux Impôts, estimait que le manque à gagner de ces quelque 200
dispositions dérogatoires correspondait à près de 40% du montant de
l'impôt, soit à l'époque 22 milliards d'euros par an.
Le Canard Enchaîné cite quant à
lui 400 "niches fiscales", pour un manque à gagner de 45 milliards d'euros
représentant les trois quarts du montant de l'impôt sur le revenu.