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Délocalisations, exils : la peur de la
concurrence fiscale...
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La question de l’exil et des délocalisations
de contribuables soumis à l’Impôt de solidarité sur la fortune fait un
retour en force sur le devant de l’actualité fiscale. Le sujet n’est pas
nouveau mais dans le débat fiscal actuel, sa portée n’est pas mince.
Vincent Drezet, secrétaire
national du SNUI (Syndicat
national unifié des impôts). |
Les détracteurs de l’imposition du patrimoine (ISF,
droits de succession, imposition des plus values) tentent à nouveau de jouer
sur la peur des délocalisations fiscales pour imposer leurs vues.
En 2005, 392 000 déclarations d’ISF ont été
déposées, pour un rendement de 3 milliards d’euros. Les premières données
disponibles pour 2006 montrent que 450 000 déclarations auraient été
déposées pour un rendement de 3,6 milliards d’euros. Comment expliquer cette
hausse ? Par l’augmentation de l’immobilier et des valeurs mobilières. Par
ailleurs, on constate, depuis 1997, environ 350 départs annuels de
contribuables soumis à l’ISF. Ce chiffre aurait augmenté récemment pour
atteindre environ 650, ce qui provoquerait un manque à gagner (en termes
d’impôt non recouvré) de 18,2 millions d’euros. Cela correspond à un ISF
moyen de 28 000 euros, soit un patrimoine net imposable d’environ 4 millions
d’euros.
Comme toujours, les études publiées sont « à
charge ». Pour avoir une vue complète de la situation, il faudrait disposer,
en plus du nombre de départs, de celui des retours et de celui des
installations d’étrangers en France. En l’absence d’une telle étude, il est
délicat de tirer des conclusions autres que subjectives ou partielles. Les
véritables objectifs de ces publications à sens unique et à répétition sont
pourtant connues : supprimer l’ISF, les droits de succession, voire les
plus-values et la progressivité de l’impôt, c’est-à-dire affaiblir les
ressources publiques pourtant nécessaires à l’action publique et favoriser
l’explosion des inégalités. Les départs sont certes bien réels. Leurs
motivations sont multiples et pas seulement fiscales. Ainsi, les départs
vers les pays anglo-saxons relèvent davantage de la mobilité professionnelle
et du choix de carrière que de la stricte motivation fiscale. Du reste, les
retours sont courants car la protection sociale française reste très souvent
appréciée... Les départs vers la Suisse ont toujours existé, ISF ou pas. Ils
procèdent de la gestion discrète des fortunes que permet le secret bancaire
suisse. Quant à la Belgique, elle est privilégiée par les entrepreneurs qui
souhaitent échapper à l’imposition de leurs plus-values voire à l’ISF. On
notera que la France leur aura permis de réussir, mais qu’ils choisissent
l’exil fiscal pour leurs propres intérêts...
Ces départs sont facilités par le développement
des stratégies d’optimisation financières et fiscales que la concurrence
fiscale et l’absence d’harmonisation facilitent. Certains départs sont
d’ailleurs de « fausses délocalisations » : il est nécessaire de rappeler
ici que l’administration doit disposer de moyens législatifs et humains pour
lutter contre une évasion fiscale illégale tout à la fois de plus en plus
courante (quoique limitée à des contribuables plutôt aisés), complexe et
coûteuse. Cela tombe sous le sens.
Le SNUI, porteur du
projet de « serpent fiscal européen » qui réduirait les effets de la
concurrence fiscale, demande une étude exhaustive sur les départs et les
arrivées mais également que soient pris en compte, dans les diverses
comparaisons internationales, la contrepartie offerte grâce aux ressources
publiques (services publics, redistribution sociale) qui permettent une
meilleure cohésion sociale tout en concourant à l’attractivité de la France.
Ceci pour que les termes d’un débat fiscal démocratique soient enfin
correctement posés.
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