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Amendes et fraudes :
l'argent échappe au fisc
Publié le 13/07 à 13:10
L'État n'engrange pas plus d'un tiers des sommes dues après un
redressement fiscal ou une amende majorée
Dernier jour pour payer ses impôts
La commission des finances du Sénat a entendu mercredi la Cour des comptes
qui rapporte que l'État ne recouvre qu'1/3 des amendes forfaitaires majorées
et des sommes dues au titre d'un contrôle fiscal ou d'une décision
judiciaire.
Les fraudes fiscales sont évaluées entre 20,5 et 25,6 milliards d'euros
selon un rapport publié en février.
Un manque à gagner de 8 milliards d'euros
Les chiffres de la Cour des comptes montrent que "le montant des droits
redressés au titre du contrôle fiscal s'établit chaque année à 12 milliards
d'euros, pour des montants effectivement encaissés de 4,5 milliards
d'euros". Les caisses de l'État réalisent un manque à gagner de près de 8
milliards d'euros, soit un taux de recouvrement de 40%.
Il en est de même pour les amendes forfaitaires et les condamnations
judiciaires puisque sur 1,6 milliards d'euros de pénalités infligés, 506
millions ont été payées soit moins d'un tiers.
La Cour des comptes constate que le taux de recouvrement stagne depuis 2002
malgré les progrès réalisés dans l'organisation par les administrations.
De plus, "le niveau global des remises accordées aux contribuables apparaît
préoccupant" aux yeux du Sénat: alors que les fautes observées par les
contrôles fiscaux supportent 25 à 50% des pénalités, celles-ci ne sont
recouvrées en moyenne qu'à hauteur de 15%. Sans compter que les délais de
recouvrement sont longs: 620 à 850 jours entre la première intervention et
la première mise en recouvrement.
Face à ces chiffres, le Sénat craint qu'il n'existe un "sentiment que la
fraude fiscale n'est pas ou peu sanctionnée en France, ce qui pourrait
entretenir des comportements d'incivisme fiscal". L'année dernière, 917
contribuables (particuliers et professionnels) ont été poursuivis en justice
par le fisc.
Selon les statistiques de la Direction générale des impôts publiés par Le
Parisien jeudi, le secteur du bâtiment et des travaux publics arrivent en
tête des plaintes déposés par le fisc en 2006.
Des "dysfonctionnements insupportables" à Bercy
Jean Arthuis, président de la commission des Finances du Sénat (UDF) qui
avait demandé cette enquête dans le cadre de la
préparation d'un rapport sur "le recouvrement des créances de contrôle
fiscal et le recouvrement contentieux des amendes et condamnations
judiciaires", s'interroge sur les raisons de ce faible taux de recouvrement
dans un interview publié jeudi dans Le Parisien. S'il attend des
"indicateurs plus pertinents pour analyser ces phénomènes", il dénonce des
"dysfonctionnements insupportables" au ministère de l'Économie et des
Finances.
Pour Jean Arthuis, il existe "un vrai problème d'intendance et de
logistique" à Bercy. Les systèmes informatiques, d'abord, semblent
inadaptés. Les grandes directions chargées de percevoir les créances des
contrôles fiscaux (centres d'impôts, trésoreries, douanes, tribunaux,
officiers de police judiciaire) ne disposent pas de logiciels informatiques
compatibles entre eux, ce qui rend difficile leur collaboration. Le Parisien
note pourtant les investissements récents "faramineux" fait par le
ministère, se chiffrant en milliards d'euros.
De la même façon, le Sénat déplore les entraves logistiques au paiement des
amendes, ne serait-ce que parce que "le paiement en liquide est limité,
alors que nombre de contrevenants ne disposent ni de chéquier, ni de carte
bancaire".
Jean Arthuis demande à ce que "tout le monde travaille avec les mêmes
outils" afin que "l'ensemble des administrations chargées du contrôle fiscal
soit en mesure de parler un langage commun et d'éviter tout
dysfonctionnement entre l'agent qui fait le contrôle fiscal d'un côté, et
celui qui est responsable du recouvrement des dettes".
Il se réjouit du rapprochement annoncé par le gouvernement entre la
Direction générale des impôts et la Direction générale de la comptabilité
publique.
Les contrôleurs fiscaux réagissent
Jean Arthuis se demande également dans Le Parisien si "l'administration
n'encourage pas certains contribuables à pécher par omission, voire même à
frauder". Un propos tout de suite
démenti par le Syndicat national unifié des impôts (Snui) dans un communiqué
publié jeudi.
Le Snui met en garde contre "toute tentative de culpabilisation des agents".
L'administration fiscale n'est pas responsable du faible taux de
recouvrement des sommes dûes après un redressement fiscal, défend le
syndicat. "Le contrôle fiscal montre la présence de l'administration" et a
de ce fait "une fonction dissuasive importante" constate-t-il, en
s'insurgeant "contre toute volonté d'imposer un nouveau recul du contrôle
fiscal".
Le Snui souligne, par ailleurs, que certains contribuables "organisent leur
insolvabilité après un contrôle fiscal", ce qui rend plus difficile le
recouvrement.
De plus, certaines entreprises connaissent des difficultés économiques qui
les empêchent de payer.
Enfin, selon le syndicat, le taux de recouvrement s'améliore malgré tout
avec le temps.
En conclusion, "s'il est faible en apparence, le taux de recouvrement
s'explique en grande partie par des facteurs externes à l'administration
fiscale", argumente le Snui, qui se demande "s'il existe encore une réelle
volonté de lutter contre la fraude fiscale" et réclame "des moyens humains,
matériels et juridiques plus adaptés".
Quelles solutions?
Pourtant, le fisc a déjà des moyens humains jugés "colossaux" par Le
Parisien: les différentes directions de Bercy (douanes, impôts, Trésor
public) ne comptabilisent pas moins de 150.000 agents dont plus de 50.000
sont spécialisés dans le contrôle et le recouvrement des impôts, taxes et
amendes.
Le rapport de la Cour des comptes semble, selon le Sénat, trahir un besoin
de réformes en profondeur déjà évoqué par Nicolas Sarkozy notamment à
travers l'idée d'une fusion entre les impôts et le Trésor public.
D'autre part, Jean Arthuis recommande d'encaisser l'amende tout de suite
après la proclamation de la peine au tribunal, "quitte à (...) accorder [aux
fautifs] une remise plus incitative que les 20% actuels pour les encourager
à payer aussitôt que la peine a été prononcée". Il s'agit d'éviter toute
perte de temps, principal ennemi du fisc puisque "plus le temps passe, moins
on a de chances d'encaisser l'argent qui est dû", constate Jeau Arthuis.
Afin d'atténuer ce bilan négatif, la Direction générale de la comptabilité
publique, auditionnée elle aussi mercredi par le Sénat, constate que 70% des
amendes issues de contrôles radar automatisés faisaient l'objet d'un
paiement spontané, soit un taux de 20 à 30 points supérieur à celui de
l'ensemble des amendes sanctionnant des entorses au code de la route |