|
Les raisons de leur grève
« La précarité s’installe
depuis des années dans la santé »
Philippe Le Corre, infirmier à l’Hôpital du
Havre (Seine-Maritime). Délégué CGT.
« Notre participation à la grève relève de
plusieurs constats. La situation de l’emploi dans la fonction publique
hospitalière se dégrade de jour en jour. Il est de plus en plus difficile de
répondre aux besoins de la population, et la tarification à l’activité (T2A)
qui va passer à 100 % le premier janvier va augmenter les déficits. Il est
clair que ce mécanisme vise à terme la liquidation des hôpitaux publics au
profit des cliniques privées. Idem pour les statuts : les contractuels sont
toujours plus nombreux, la précarité s’installe depuis des années dans la
santé. Par ailleurs les retraites sont un sujet de préoccupation majeure. Le
personnel, essentiellement féminin dans notre métier, est la première
victime des réformes menées jusqu’ici. Nombre d’entre elles n’ont pu avoir
de carrière complète et partent avec des pensions dérisoires. Une
aide-soignante sur trois est en invalidité avant son départ, brisée
physiquement à force de devoir soulever des malades. »
« On
transforme le sens et la nature du service public »
Vincent
Drezet, secrétaire national du Syndicat national unifié des impôts (SNUI).
« Ce n’est pas une grève comme les autres. On
est en train de vouloir transformer le sens et la nature même du service
public dans notre pays. N’oublions pas que l’action publique c’est avant
tout la recherche du bien commun. Lorsque le gouvernement entend introduire
du droit privé dans l’emploi, nous ne nous y opposons pas seulement parce
que ce serait un moyen de faire pression sur le statut, mais surtout parce
que c’est ce statut, depuis l’origine, qui permet d’exercer son activité en
toute indépendance. Que serait un contrôle fiscal réalisé par un agent qui
n’agirait plus pour le bien commun mais par intérêt individuel ? Par
ailleurs, les fonctionnaires ont enfin envie d’être reconnus au sens plein
du terme. Pour leur rôle social, leur technicité, leur métier mais aussi
dans leurs conditions de travail et leur pouvoir d’achat. Nombreux sont ceux
qui voudraient moins de fonctionnaires, mais lorsqu’on regarde dans le
détail, personne ne veut sacrifier son accès aux services publics. »
« Toujours plus de dossiers
de surendettement à traiter »
Fabienne Rouchy, secrétaire administrative,
responsable syndicale CGT à la Banque de France, Toulouse.
« Nous faisons grève à la fois pour la défense
d’un service public de proximité, pour l’augmentation des salaires, pour
l’emploi. À la Banque de France, nous gérons les dossiers de surendettement
des ménages. Alors que le nombre de dossiers de gens confrontés à la
pauvreté et aux pires difficultés a augmenté de 30 % depuis 2002, avec plus
de 6 000 cas à traiter fin 2006 en Midi-Pyrénées, les effectifs sont
toujours les mêmes depuis quatre ans. Nous n’avons plus le temps nécessaire
pour accueillir les gens et examiner au mieux toutes les situations. D’autre
part, les deux succursales de Saint-Gaudens et Millau, ainsi que huit
caisses dans la région ont été fermées en 2004, et l’on craint que les
fermetures se poursuivent. Lorsque des gens partent ou sont mutés, les
postes ne sont pas remplacés. Aujourd’hui, on nous demande de gagner du
temps à tout prix alors que nous ne sommes pas assez nombreux. Il arrive que
des collègues suppriment d’eux-mêmes des stages prévus car ils sont débordés
de travail. Quant au pouvoir d’achat, notre point d’indice a perdu plus de
15 % depuis 1982. Les négociations salariales sont catastrophiques. »
« Vingt-cinq ans de
carrière et une forte baisse de mon pouvoir d’achat »
Michèle Koffer, fonctionnaire territorial, chef
de service à la mairie de Vitry (Val-de-Marne).
« Malgré mes vingt-cinq ans de carrière, je
constate une forte baisse de mon pouvoir d’achat. Les cadres ont du mal à
mettre ça en avant : on se dit qu’il y a pire que nous, les catégories C,
les smicards, dans un contexte qui oppose les catégories entre elles. Mais
en discutant avec des collègues, on se rend compte qu’on est confronté à des
découverts certains mois, des difficultés à faire les comptes, ou obligés de
modifier nos projets de vie.
L’autre question qui me pousse à la grève, ce
sont les nombreuses atteintes au service public dont je suis témoin :
développement des partenariats public-privé, suppressions de services dans
les collectivités pour en confier les activités au marché, baisse des moyens
accordés au service public pour répondre aux besoins de la population, en
particulier en matière de santé. Mon service met en oeuvre les actions de
santé publique et de prévention sur la commune. Mais à quoi rime une
politique de prévention quand les personnes visées ne peuvent pas accéder
aux soins faute de moyens, ou n’ont pas de quoi se payer une alimentation
saine ? Mais l’accès à la santé, via les mutuelles complémentaires, devient
aussi un problème chez les fonctionnaires de catégories B et C. »
Propos recueillis par A.R.
|