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Les états généraux du service public investissent la campagne
 

À l’appel de Convergence (1), représentants des candidats de gauche, syndicalistes et militants associatifs ont débattu, samedi, de nouveaux choix de société.

Les états généraux du service public organisés à Paris, samedi dernier, ont créé l’événement. Ils étaient convoqués par Convergence, la fédération des collectifs services publics née de la mobilisation de Guéret en 2005 et présidée par Bernard Defaix. À mille lieues des plateaux télévisés où la confrontation est absente, des représentants de tous les candidats de gauche, des syndicalistes, des associatifs et cinq cents participants aux engagements divers ont confronté en direct leurs arguments et propositions autour de nouveaux choix en faveur des services publics. Sans jamais taire les désaccords, ni esquiver les convergences pour impulser la mise en oeuvre d’une politique de progrès. Les états généraux ont lancé un manifeste qui affirme « le choix d’une société solidaire, de la maîtrise démocratique des biens communs et de l’activité efficace d’un vaste secteur de services publics dont le rôle et le champ d’intervention doivent être clairement définis par la loi ». La fédération Convergence appelle à prolonger l’action le 31 mars lors d’une fête nationale des services publics à Firmi, dans l’Aveyron.

Marie-Claire Culié, membre de l’exécutif du PCF et représentant Marie-George Buffet, s’est félicitée de la tenue, samedi, de « ce débat qui manque si cruellement dans les médias. Il revêt une importance particulière tant il est vrai que les services publics sont au coeur des attaques portées par le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy ». La discussion s’organise d’elle-même autour de quelques thèmes forts : périmètre des services publics, maîtrise publique, démocratisation, financement, politique européenne.

Sur le périmètre, des convergences se dessinent rapidement : la plupart des intervenants soulignent le besoin de services publics nouveaux couvrant des secteurs où le privé se montre incapable d’assurer l’accès de tous à des prestations abordables et de qualité. Le logement, l’eau, la petite enfance, le quatrième âge, le traitement des déchets sont cités, en lien avec l’affirmation de nouveaux droits fondamentaux. Annick Coupé, porte-parole de l’Union syndicale solidaire, plaide pour « un périmètre ouvert » qui ne se contente pas de la maîtrise du secteur « régalien » (éducation, justice, etc.) Pour elle, cela pose la question de la « maîtrise publique » pour échapper à la concurrence et aux politiques libérales.

Y parvenir exige de prendre « l’engagement de réorienter la construction européenne » et d’« un moratoire sur les directives de libéralisation », estime Marie-Claire Culié, la défense du service public étant « antinomique » avec l’Europe libérale. Pour le représentant de Ségolène Royal, Christian Martin (PS), c’est là le « vrai débat ». Selon lui, pointer l’Europe du doigt reviendrait à « isoler le modèle social français » et « à exonérer le bilan de la droite ». Il appelle à « mettre en évidence les marges de manoeuvre » au niveau européen, tout en réaffirmant « l’exigence d’une maîtrise publique intégrale » d’EDF-GDF et son désaccord avec les directives de libéralisation qui entravent le secteur public.

Des engagements insuffisants pour Olivier Besancenot, qui pointe « les privatisations de gauche comme de droite » comme obstacle aux convergences sur le projet. Quant au représentant de Gérard Schivardi, candidat du Parti des travailleurs, la seule voie passe par « la rupture avec l’Union européenne ». Yves Salesse, représentant José Bové, estime quant à lui que, face au « bilan critique insuffisant de la gauche plurielle », « la gauche antilibérale est la seule à élever le service public à son niveau » comme « pilier de développement ». Et d’appeler à clarifier le discours : « On ne peut pas parler de restaurer les services publics si on ne s’attaque pas frontalement à l’Europe libérale ou au transfert des richesses... »

Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT, appelle au rassemblement autour d’exigences communes : égalité d’accès, fonctionnement démocratique, financement par l’impôt. « Défendre le service public, c’est défendre son financement », renchérit Vincent Drezet, du Syndicat national unifié des impôts (SNUI). Une fiscalité plus juste et solidaire doit faire davantage « appel aux entreprises » et intégrer un « caractère incitatif social et environnemental ». Cette mise à contribution devrait élargir sa base aux actifs financiers des entreprises au bénéfice des collectivités territoriales qui n’ont plus les moyens de faire vivre les services publics locaux, propose André Chassaigne, président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), chiffrant à 25 milliards d’euros le produit annuel d’une taxe à 0,5 %. Liem Huang Ngoc, économiste membre de la gauche du PS, opte quant à lui pour « un grand impôt universel » qui fusionne les contributions existantes et en finisse avec les baisses d’impôts. Pour Pascal Canfin, représentant de Dominique Voynet (Verts), tenant d’une « conversion écologique » des services publics favorisant l’économie d’énergie, « ce qui nous rassemble est plus fort que nos différences », avec « la conviction que le marché ne sait pas tout faire ».

(1) Fédération des collectifs de défense et de développement des services publics.