FISCALITÉ.
Impôt sur le revenu : les gagnants et les perdants
jeudi 16 août 2007 | Le Parisien
Jannick Alimi et Aline Gérard

Depuis quelques jours, les avis d'imposition arrivent dans les boîtes aux lettres. Pour certains contribuables, la pilule est dure à avaler. Passé les élections, ils découvrent une note plus salée que prévu pour le dernier tiers.
Malgré le creux des vacances, les services des impôts sont sur le pont. « Depuis plusieurs jours, nous recevons d'innombrables coups de téléphone de la part de contribuables, explique l'agent d'un centre parisien. Ils viennent de recevoir leur dernier tiers et sont souvent étonnés du montant élevé qu'on leur réclame.»
C'est vrai qu'il y a de quoi être déboussolé. « On nous avait expliqué que notre impôt diminuerait de 8 % cette année. J'ai bien constaté une baisse lors des deux premiers tiers. Mais le solde dont je dois m'acquitter en septembre est bien supérieur », soupire un cadre d'une agence de communication.
L'origine de cette mauvaise surprise : la décision prise en janvier 2007 par Dominique de Villepin, alors à Matignon, de baisser de 8 % l'impôt sur le revenu 2006 dès le début de l'année. A l'époque, l'ancien Premier ministre avait bien précisé que cette réduction serait forfaitaire et qu'elle s'appliquerait sur les deux premiers tiers ou les sept premières mensualités.

Objectif officiel : donner un coup de pouce aux classes moyennes. Objectif non avoué : en tirer un gain politique à quelques mois de l'élection présidentielle. Dominique de Villepin avait, en revanche, moins insisté sur le fait que le solde payable en automne 2007 (donc après les élections) prendrait en compte une régularisation de l'impôt sur la base des revenus déclarés au printemps 2007. C'est cette régularisation qui fait toute la différence et qui crée aujourd'hui la confusion. D'où les mauvaises... et les bonnes surprises aussi.

Ceux qui rient ceux qui pleurent
A.G.

Pour qui la mauvaise surprise ?
Si vous n'avez plus depuis cette année d'enfant à charge, si vous avez divorcé ou si vos revenus 2006 ont augmenté par rapport à 2005, attention danger ! Votre dernier tiers pourrait grimper de 3 % à 15 % par rapport à l'an dernier. Bercy se refusait, hier, à indiquer combien de contribuables étaient concernés mais selon le Snui, cette régularisation « choc » pourrait en concerner « près d'un million de foyers fiscaux ».

Autres perdants : les célibataires aisés.

Eux aussi ont intérêt à avoir des nerfs solides en ouvrant leur avis d'imposition. Selon une simulation réalisée en fin d'année dernière par le ministère des Finances, un célibataire gagnant 3 smic, soit 35 454 € par an, va devoir ainsi débourser 1 664 € en septembre, soit 10 % de plus par rapport à l'an dernier. Il bénéficiera, toutefois, au total, d'une baisse d'impôt de 2 %.
Pour qui la bonne surprise ?
Bien sûr, tous ceux dont les revenus ont diminué d'une année sur l'autre, de même que ceux dont le conjoint a arrêté de travailler...
Tous les couples avec enfant et dont les revenus sont confortables. Selon Bercy, un couple marié avec deux enfants gagnant 6 smic paiera 580 € pour son troisième tiers. Au total, la baisse d'impôt sera pour lui de 14 %. Autre exemple, selon le Snui: un couple marié avec un enfant et gagnant lui aussi six smic bénéficiera d'un tiers très réduit et au total d'une baisse d'impôt de 19 %.

« Tous les outils avaient été mis à la disposition des contribuables pour qu'ils puissent faire leurs simulations sur Internet »
Certes, au total, sur l'ensemble de l'année 2006, chaque ménage aura bien bénéficié d'une baisse de son impôt sur le revenu, entre 2 et 19 % (à revenu constant d'une année sur l'autre), selon le Snui, le principal syndicat des impôts.
Mais, selon l'évolution de sa situation familiale ou salariale entre 2005 et 2006, chaque contribuable, lira en cette rentrée son avis d'imposition soit avec le sourire, soit en faisant la grimace...
Pour certains, c'est la douche écossaise : ils découvrent aujourd'hui qu'en réalité, pour eux, compte tenu des revenus qu'ils ont effectivement déclarés au printemps, la baisse est bien inférieure aux 8 % qu'ils avaient en mémoire. Une note qui tombe mal à quelques jours de la rentrée scolaire.
Selon le Snui, près d'un million de foyers fiscaux serait affecté. Un chiffre non confirmé, hier, par Bercy.
Pour les autres, en revanche, c'est Noël. Le solde final est conforme à leurs attentes. Mieux, il a fondu.
Seule certitude : les Français n'y comprennent plus rien. A Bercy, on insiste, cependant, sur le fait que « dès janvier, tous les outils avaient été mis à la disposition des contribuables pour qu'ils puissent faire leurs simulations sur Internet ».
En clair, ils n'avaient qu'à mieux s'informer. Sauf que, décidément, en France, dès qu'il s'agit d'impôt, la transparence et la pédagogie font souvent défaut.