Le gouvernement confirme l'étude d'un "impôt plancher" pour simplifier les niches fiscales
 

Le projet d'impôt minimum du gouvernement, révélé par Le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 29 août, a été confirmé par Bercy et le gouvernement. "C'est clairement une piste de réflexion, puisque Christine Lagarde en a pris l'engagement", a rappelé, mercredi, Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement. La loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA), entrée en vigueur le 21 août, prévoit en effet que le gouvernement présente, avant le 15 octobre au Parlement, "un rapport sur la mise en place d'une imposition minimale sur le revenu des personnes physiques en vue d'un examen à l'occasion du projet de loi finances pour 2008", afin de compenser la mise en place du paquet fiscal, qui ramène notamment de 60 % à 50 % le seuil maximum des impôts directs payés

"L'idée, c'est de travailler sur les niches fiscales et de clarifier tout cela", a souligné M. Wauquiez, faisant allusion aux nombreuses déductions qui découlent de ces niches. Il a par ailleurs qualifié "d'un peu artificielle" la réaction du PS, estimant qu'il n'était pas nécessaire "de faire monter un débat sur lequel la donne est parfaitement claire". Plus tôt dans la journée, les socialistes avaient dénoncé cet "impôt minimal" qui confirme "la validité des reproches formulés à l'égard du 'paquet cadeau fiscal'" du gouvernement.
 

"UNE AVANCÉE APRÈS UN RECUL SANS PRÉCÉDENT"
 

Le SNUI, syndicat majoritaire des impôts, a pour sa part prévenu que ce projet – "une avancée qui intervient après un recul sans précédent de l'imposition progressive des revenus" – comporte plusieurs risques. Il serait tout d'abord extrêmement complexe à mettre en place, car il devra "tout à la fois éviter de pénaliser les classes moyennes et instaurer un véritable 'impôt plancher'". De plus, il ajouterait "une disposition complexe supplémentaire qui risque de rendre l'impôt sur le revenu encore moins lisible".

"L'empilement, année après année, des mesures fiscales dérogatoires, a contribué à réduire la voilure de l'impôt sur le revenu et d'en affecter le caractère redistributif", a également regretté le SNUI, qui a mis en garde contre toute dérive vers un système d'imposition proportionnelle symbolisé par l'"Alternative Minimum Tax" en vigueur aux Etats-Unis.

Pourtant le syndicat reconnaît des mérites à l'idée de réduire le nombre de niches fiscales, qui sont "extrêmement coûteuses" pour une "efficacité très faible". Les 185 niches (hors mécanismes liés au quotient familial) comptabilisées par le SNUI dans l'impôt sur le revenu coûteraient environ 32 milliards d'euros. La CFTC a indiqué pour sa part qu'elle acceptait l'idée d'un impôt plancher, à condition que la mesure soit mise en œuvre "dans la transparence" et "guidée par un souci de justice sociale".

Les modalités du dispositif auquel réfléchit actuellement le gouvernement restent inconnues. Une chose est sûre, Bercy devra trouver les bonnes formulations juridiques et techniques pour échapper à la censure du Conseil constitutionnel tout en respectant la volonté des parlementaires de ne cibler que les tranches de revenus les plus élevées.  Critiquant sa "complexité excessive" et sa violation du principe de l'"égalité devant l'impôt", les Sages avaient censuré une mesure du gouvernement de Dominique de Villepin prévoyant de limiter la réduction fiscale des niches à 8 000 euros par foyer.