Le
Canard enchaîné a révélé ce mercredi 29 août le projet
d'impôt minimum sur lequel planchait discrètement le gouvernement.
Après les dénégations quelque peu cafouilleuses de Bercy, le
porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, a fini par confirmer
que cette mesure était « clairement
une piste de réflexion » pour Christine Lagarde, la ministre
de l'Economie. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Qui y sera soumis
? Et que penser d'une telle mesure ? Vincent Drezet, secrétaire
national du Snui, le syndicat majoritaire des impôts, éclaire ce
dossier pour marianne2007.info.
Marianne2007.info : Le Canard enchaîné à révélé le projet d'impôt
minimum du gouvernement. De quoi s'agit-il ?
Vincent Drezet : Cet impôt a pour objectif de limiter la
défiscalisation. A priori, il ne s'agit pas de demander 100 euros à
tout le monde, ce qui reviendrait à pénaliser les faibles revenus et
les gens les plus modestes. Le principe consiste plutôt à inventer
un mécanisme qui, à l'instar de ce qui se passe au Canada ou aux
Etats-Unis, permettrait de limiter l'utilisation excessive de niches
fiscales. La seule question qui se pose, et à laquelle nous n'avons
pas encore de réponse, est celle du mécanisme qui sera retenu. Le
débat est un peu technique, mais c'est de cela que dépendront les
éventuels effets pervers.
Quels sont les écueils à éviter ?
Il y en a deux. Le premier serait de créer un impôt tellement
minimum qu'il serait vide de sens, parce qu'il ne limiterait
quasiment pas la défiscalisation. Le second, ce serait de mettre en
place un système forfaitaire qui pénaliserait les classes les plus
modestes. Mais pour le moment, tant que le projet n'est pas
finalisé, toute critique équivaudrait à un procès d'intention.
Qui est visé par cet impôt ?
En droit, les niches fiscales s'adressent à tout le monde : il y a
plus de 250 niches fiscales à l'impôt sur le revenu, pour un coût
budgétaire de plus de 32 milliards par an, et sur l'ensemble du
système fiscal, on en compte plus de 400 pour un coût budgétaire
global de 50 milliards. Mais dans les faits, même si certaines
personnes peu imposables ou appartenant aux classes moyennes en
bénéficient, ce sont surtout les plus hauts revenus qui en profitent
pleinement en investissant dans l'immobilier, les valeurs
mobilières, les emplois à domicile, etc. Cette mesure permettrait
donc à l'Etat de regagner quelques recettes budgétaires après avoir
fait passer un paquet fiscal très ciblé sur les plus fortunés, et
très coûteux.