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Bercy annonce une
nouvelle offensive contre les "niches fiscales"
PARIS (AFP) — Le gouvernement a une nouvelle fois annoncé son intention de
faire le ménage dans la nébuleuse des "niches fiscales", ces avantages
destinés à tel ou tel secteur économique ou catégorie de contribuables,
souvent dénoncés comme coûteux et d'une efficacité douteuse.
La ministre de l'Économie, Christine Lagarde, a annoncé dimanche qu'elle
remettrait dans les prochains jours au Parlement un rapport sur les "niches
fiscales" dans le but de "mettre fin à un certain nombre d'abus".
Ces avantages fiscaux sont extrêmement nombreux (359 selon Bercy, plus de
400 voire 500 selon d'autres sources) et ne cessent de croître au fil des
ans.
Certains sont très connus, comme la prime pour l'emploi (4,2 milliards
d'euros prévus en 2008), la défiscalisation des intérêts du livret A, la
demi-part supplémentaire pour les personnes élevant seules un enfant (1,6
milliard), les taux réduits de TVA pour certains secteurs ou les déductions
pour les investissements dans l'immobilier locatif (lois Robien et Besson).
De nombreuses "niches" sont beaucoup plus confidentielles et concernent
parfois un nombre restreint de contribuables, comme les investissements dans
les DOM TOM (550 millions d'euros par an pour 9.800 contribuables) ou les
abattements consentis à certaines professions (scaphandriers du Var,
journalistes, fabricants de pipes, etc...).
Déductions, exonérations, crédits d'impôt... ces centaines de dispositifs
dérogatoires, aussi appelés "dépenses fiscales" en raison du manque à gagner
qu'ils impliquent pour les finances publiques, représentent au total quelque
50 milliards d'euros chaque année, soit 3% du produit intérieur brut (PIB)
ou encore 20% des recettes fiscales nettes de l'Etat.
"Lorsqu'il n'y a pas de plafond, lorsqu'il y a des possibilités d'abus,
elles permettent à certains contribuables qui devraient payer de l'impôt de
s'en affranchir" et "cette situation-là n'est pas normale", a estimé Mme
Lagarde.
Au-delà de l'équité et de la justice fiscale invoquée par le gouvernement,
les économies liées à la suppression ou au plafonnement des niches fiscales
tomberaient en effet à point nommé pour financer d'autres réformes.
Le député Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a ainsi proposé lundi de
diviser "par deux le montant des niches fiscales d'ici à 2012", soit un
effort de 6 milliards d'euros par an sur cette période, qui pourrait servir
par exemple à financer le revenu de solidarité active (RSA).
Avec ses exonérations diverses et variées, le "paquet fiscal" voté l'été
dernier est pourtant lui-même une mine de "niches fiscales", relève le
président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis (UDF),
partisan de longue date d'une réforme.
"Ça fait longtemps qu'on dit que la
fiscalité dans son ensemble est déséquilibrée, notamment en raison du poids
des niches fiscales" qui ont "perverti l'impôt sur le revenu", renchérit
Vincent Drezet, responsable du syndicat Snui, majoritaire aux Impôts.
"Qu'on veuille s'attaquer aux niches, c'est une bonne chose. Mais il faut
rétablir l'équilibre et réduire les injustices plutôt que de chercher
quelques recettes supplémentaires", poursuit M. Drezet, qui redoute que le
gouvernement "aboutisse à des petites mesurettes qui ne modifient rien
structurellement".
"Si on veut vraiment s'y atteler, il faut une évaluation niche par niche,
non seulement du nombre de bénéficiaires et du coût pour l'État mais aussi
des résultats pour les secteurs visés", estime le responsable du Snui.
Et de rappeler les reculades récentes sur le plafonnement des "niches" ou
l'instauration d'un impôt minimum. |