Un informateur révèle les noms de riches fraudeurs

Fisc . Le gouvernement indique avoir reçu des autorités britanniques une liste de 200 personnes concernées par une affaire de fraude fiscale, via le Liechtenstein.
Quelque 200 Français auraient grugé le fisc avec la bienveillante complicité du Liechtenstein. Et rien ne dit que la liste est exhaustive. « Mais comment parler de scandale alors que cela fait des années que l’on est au courant ? s’indigne Vincent Drezet, du Syndicat national unifié des impôts (SNUI). La fraude est massive mais la liste noire des paradis fiscaux non coopératifs a été quand même réduite par l’OCDE de 35 à 3 pays. » Le Liechtenstein est l’un de ces pays. En toute opacité, la principauté propose à ces clients argentés de bénéficier du secret bancaire, de sociétés écran légales et d’une faible fiscalité.

Mais depuis quelques jours, les indications d’un obscur « informateur » permettent à la justice de s’immiscer, pour une fois, dans les business du petit pays. « La France a une liste de 200 noms », a ainsi révélé hier le ministère du Budget. Le listing, en cours d’expertise par la direction générale des impôts, aurait été transmis au début de l’année par les autorités britanniques, qui l’auraient acheté à l’informateur du Liechtenstein.

Une dizaine d’autres pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne, ont également annoncé avoir identifié certains de leurs contribuables soupçonnés de fraude.

En Allemagne, l’affaire en est déjà à l’épisode 2. Vendredi, la justice allemande avait annoncé la mise en examen de centaines de « personnalités clés ». Premier sur la liste, le patron de la Deutsche Post, Klaus Zumwinkel. Il a présenté, le même jour, sa démission au lendemain d’une spectaculaire perquisition à son domicile. Au total, les journaux allemands font état d’un millier de cas, pour plusieurs milliards d’euros de fraude.

Le SNUI, qui a pressé mercredi l’État français de « passer à la vitesse supérieure » en matière de lutte contre la fraude, estime que « ce scandale a au moins le mérite de pointer les enjeux actuels ». « Le contexte de concurrence fiscale entre États qui fait rage, sur fond de liberté de circulation des capitaux et de rapidité des échanges, fait le lit de l’évasion et de la fraude », estimait hier le syndicat dans un communiqué. Le gouvernement, de son côté, refusait de donner l’identité des fraudeurs. « Je ne suis pas sûr que ces noms soient aussi attractifs que certains peuvent le souligner », plaidait hier Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement. Vincent Drezet était, lui, plus précis : « Pour mettre de l’argent au Liechtenstein, il faut avoir une quantité de fonds qui vaut le coup d’être placée et avoir les moyens de payer le consultant nécessaire pour ce genre d’opération. C’est pourquoi on trouve dans ce type de paradis fiscaux des fonds légaux que des individus très aisés ne veulent pas déclarer et des fonds illégaux issus de la criminalité, de la corruption ou encore du blanchiment d’argent. »

Mehdi Fikri