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Impôts : consommateurs
de France, apprêtez-vous à payer
Par Vincent Drezet, Secrétaire
national du Syndicat national unifié des impôts.
Le gouvernement, fuyant l'impopularité d'une TVA Sociale chercherait, pour
financer la protection sociale, une manière invisible de taxer les ménages.
Le financement de la protection sociale risque-t-il de peser davantage sur
les ménages à l'avenir ? C'est à craindre, vu la tournure que prend le débat
actuel… En effet, si une hausse de la TVA n'est, pour l'heure, pas « à
l'ordre du jour » selon Laurent Wauquiez, il semble certain que le
financement évolue vers une plus grande fiscalisation, et notamment une plus
forte imposition des ménages.
Sur le terrain des principes, une plus large fiscalisation se défend. La
protection sociale est déjà pour partie fiscalisée, au travers de la CSG
notamment, et certaines dépenses sont, par nature, universelles car elles
bénéficient à l'ensemble de la population, sans lien avec la qualité de
cotisant. Il est donc logique d'élargir le financement de certaines dépenses
solidaires non contributives, c'est-à-dire qui ne relèvent plus, de longue
date, du système dit d'assurance sociale (dépenses de l'Assurance maladie ou
de la branche famille notamment). En revanche, pour les dépenses ouvrant
droit à des prestations en fonction de la qualité de contributeur (chômage,
retraite), le financement par la cotisation sociale doit rester la règle.
Des hausses d'impôts, les moins visibles possibles, à prévoir
Pour autant, la fiscalisation doit être répartie équitablement entre les
différents agents économiques que sont les ménages et les entreprises. Car
les ménages ne sont pas les seuls à bénéficier du système de protection
sociale, les entreprises en profitent également, grâce à la redistribution
qui soutient la consommation donc l'activité économique (la redistribution
sociale représente 30 % du revenu global des ménages en France). Grâce aussi
à la cohésion sociale et à la bonne santé dont jouissent les salariés.
Pour ne pas heurter une opinion publique opposée à la TVA dite « sociale »,
par ailleurs préconisée par le rapport Attali dont Nicolas Sarkozy a déclaré
vouloir reprendre l'essentiel des mesures et qui, selon Eric Woerth, sera «
débattue » au cours des prochains mois, le gouvernement contourne la
question et pose le débat autrement : selon lui, il ne faudrait pas imposer
la production ni le travail. Il est donc aisé de comprendre que l'on se
dirige vers une hausse de l'imposition de la consommation, soit par la TVA,
qui serait ainsi remise « à l'ordre du jour », soit par un autre moyen, peut
être une « écotaxe » qui n'aurait d'écologique que le nom, et qui serait en
fait un impôt indirect sur la consommation, une hausse de plusieurs
prélèvements, plus ou moins visibles… L'argument avancé est que d'autres
pays, jugés « compétitifs » par Eric Besson, auraient procédé de la sorte.
On répondra que dans ces pays, le système fiscal est dans son ensemble
souvent plus équilibré et que la contribution commune y est mieux répartie,
grâce à un impôt sur le revenu plus juste qui, dans la plupart des pays,
représente en moyenne 25 à 30 % des recettes fiscales, contre 17 % pour la
France…
En réalité, imposer la consommation revient à imposer essentiellement le
travail (la plupart des ménages consomment avec les revenus de leur
travail), et notamment le travail des ménages les plus modestes, qui
consacrent à la consommation la quasi-totalité de leurs revenus du travail.
Une telle opération serait un beau tour de passe-passe en plus d'une grande
injustice fiscale et sociale, et grèverait le pouvoir d'achat des ménages…
Quelques pistes...
Le débat sur le financement de la protection sociale doit déboucher sur
plusieurs pistes :
- une prise en charge collective des besoins sociaux qui doivent continuer à
relever de la solidarité et non d'un choix individuel qui consacrerait une
société à deux vitesses et qui aggraverait les inégalités, ceci supposant un
financement équitablement réparti et ne reposant pas uniquement sur les
ménages;
- un rattrapage de la part des salaires dans la valeur ajoutée, qui
conduirait à un accroissement mécanique des recettes de la protection
sociale, et soutiendrait l'activité économique;
- une fiscalisation limitée au financement des dépenses à caractère
universel;
- une fiscalisation plus juste, mettant à contribution l'ensemble des agents
économiques, ce qui passe, pour les entreprises, par un élargissement de
l'assiette des cotisations à la valeur ajoutée, et pour les ménages, par un
mode de financement plus progressif.
Lundi 04 Février 2008 - 00:10
Vincent Drezet |