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Woerth, bouclier de
Bettencourt?
En mars 2008, le fisc a remboursé 30 millions d'euros à Liliane
Bettencourt au titre du bouclier fiscal. Rien d'illégal donc, mais cette
somme colossale, versée alors qu'Éric Woerth était ministre du Budget,
risque d'alimenter un peu plus la polémique.
Rien d'illégal, mais peu moral sur le plan politique. Voilà comment les
chroniqueurs politiques résument l'information publiée par Mediapart jeudi
soir. Selon le site d'informations, le fisc a remboursé 30 millions d'euros
à Liliane Bettencourt en mars 2008 au titre du bouclier fiscal. L'opération
dont a bénéficié l'héritière de L'Oréal n'a pu se faire sans l'aval d'Éric
Woerth, alors ministre du Budget. En effet, les remboursements opérés par
l'administration fiscale, lorsqu'ils sont supérieurs à plusieurs millions
d'euros, nécessitent l'aval du ministre de tutelle.
Ce que dément le principal intéressé. Par le biais d'un communiqué, Éric
Woerth a toutefois démenti vendredi toute intervention dans le remboursement
des 30 millions d'euros. "Un ministre du Budget n'a pas dans ses
attributions de calculer lui-même l'impôt de chaque Français, du plus riche
au plus modeste", précise-t-il.
"Légal" mais "peu légitime"
Sur France Info, Vincent Drezet,
secrétaire national du Syndicat unifié des impôts, a affirmé que les chèques
signés au titre de cette mesure faisaient l'objet d'une autorisation par un
haut fonctionnaire, précisant toutefois qu'il ne s'agissait pas
obligatoirement du ministre du Budget en personne. "Le débat est moins sur
la légalité que sur le caractère légitime de l'opération", a tenu à réagir
le syndicaliste, précisant que Liliane Bettencourt est la 17e fortune
mondiale avec 17 milliards d'euros selon Forbes.
Selon une source "au courant du dossier" citée par Mediapart, les 30
millions d'euros ont été versés sur un compte de Liliane Bettencourt à la
BNP à la suite d'une demande en ce sens des conseils de l'actionnaire
principale de L'Oréal adressée entre fin janvier et début février 2008.
Pendant cette même période, mi-janvier selon Le Monde daté du vendredi, Éric
Woerth a dîné, en toute confidentialité, avec la milliardaire.
Un "Genevagate" qui complique l'affaire
Si l'enveloppe, touchée au bénéfice du bouclier fiscal relevé par Nicolas
Sarkozy lors de son arrivée au pouvoir, n'a rien d'illégale, il est parfois
accompagné d'un contrôle fiscal. Or, selon plusieurs médias, Liliane
Bettencourt n'a pas été l'objet d'un "examen de situation fiscale
personnelle" (ESFP) depuis au moins quinze ans. De même pour les comptes de
la holding mise en place pour gérer sa fortune.
Hasard médiatique, la Tribune de Genève a confirmé, après avoir enquêté,
l'existence de deux comptes suisses, mis au jour par les enregistrements
pirates qui ont lié Éric Woerth à l'affaire. Deux comptes au nom de Liliane
Bettencourt qui pourraient accréditer la thèse d'une évasion fiscale. Le
quotidien suisse évoque un "Genevagate" qui pourrait amplifier le "Bettencourtgate".
Et selon un banquier, "Florence Woerth était presque à demeure à Genève
depuis 2008"…
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