Un bouclier chasse
l’autre
jeudi 21 avril 2011, par Thierry Brun
La suppression du bouclier fiscal est compensée par un allégement
avantageux de l’impôt sur la fortune.
Le bouclier fiscal s’en va, mais le symbole reste… C’est la leçon que l’on
peut tirer de la nouvelle réforme de la fiscalité du patrimoine présentée
par Nicolas Sarkozy le 12 avril. Car les mesures préservent un autre symbole
de la Sarkozie. En l’état, l’aménagement du barème de l’impôt de solidarité
sur la fortune (ISF) sera très favorable aux contribuables les plus riches.
Ainsi, l’héritière du groupe L’Oréal, Liliane Bettencourt, à qui le fisc a
restitué 30 millions d’euros en 2008 au titre du bouclier fiscal, n’aura pas
trop de soucis à se faire. Elle pourra espérer un allégement record de son
ISF en 2012, si l’on en croit les simulations réalisées à partir des données
communiquées par le gouvernement.
Comment celui-ci a-t-il procédé ? Dans un premier temps, la réforme modifie
le seuil d’entrée dans l’ISF : il passe de 790 000 à 1,3 million d’euros de
patrimoine, exonérant ainsi 300 000 contribuables. Dans un deuxième temps,
la progressivité de cet impôt en cinq tranches disparaît au bénéfice des
grandes fortunes. Il n’existera plus désormais que deux tranches : 0,25 %
pour les patrimoines de 1,3 à 3 millions d’euros et 0,55 % pour les fortunes
au-delà de 3 millions d’euros. Voilà un bouclier qui ne dit pas son nom…
Exemple : selon le SNUI-SUD Trésor,
principal syndicat des impôts, un contribuable disposant d’un patrimoine net
imposable à l’ISF de 100 millions d’euros paie aujourd’hui 1,72 million
d’euros d’ISF. Demain, il ne paiera plus que 492 500 euros. Dans le cas d’un
patrimoine net imposable à l’ISF de 500 millions d’euros, l’heureux
contribuable doit payer 8,9 millions. Demain, il n’en paiera plus que 2,49
millions. Gain : 6,4 millions ! Au total, 1,7 milliard d’allégements
sont programmés, si rien ne change dans la réforme, le gouvernement espérant
l’appliquer « dès 2011 pour les assujettis à la première tranche d’ISF », a
déclaré François Baroin, ministre du Budget.
Il s’agit donc d’aller vite : le projet de réforme devrait être présenté en
Conseil des ministres le 11 mai, sans doute pour que l’on ne se pose pas
trop de questions sur le tour de passe-passe électoraliste. Selon Baroin, la
suppression du bouclier fiscal permettrait de récupérer 800 millions d’euros
dans les caisses de l’État, mais le nouvel ISF ne rapporterait plus que 2,3
milliards d’euros au lieu de 4 milliards aujourd’hui… Pour compenser ce
cadeau fiscal, de nouvelles impositions toucheront, entre autres, les exilés
fiscaux et les non-résidents, les bénéficiaires de gros héritages, etc. Sans
qu’on en sache plus. Certes, le bouclier fiscal de l’été 2007 est mort. Mais
les gros patrimoines seront encore les mieux lotis, même en période
d’austérité.