Bouclier fiscal, ISF, la réforme est
lancée
Le conseil des ministres examine mercredi 11 mai le projet de loi
supprimant le bouclier fiscal et baissant le taux de l’impôt de solidarité
sur la fortune (ISF).
Que va changer la réforme ?
En relevant le plancher d’imposition de 800 000 € à 1,3 million d’euros, le
gouvernement entend sortir de cet impôt quelque 300 000 « petits riches »,
selon l’expression de François Baroin, ministre du budget, devenus imposable
avec l’envolée de l’immobilier. Selon Bercy, cela devrait aussi rassurer 200
000 contribuables supplémentaires, tout près du seuil de 800 000 €. Les 260
000 ménages encore soumis à l’ISF vont bénéficier d’une forte baisse des
taux d’imposition. Alors que ceux-ci s’étageaient auparavant entre 0,55 et
1,8 %, ils seront ramenés à 0,25 % jusqu’à 3 millions d’euros de patrimoine
et 0,5 % au-delà. En revanche, les gros patrimoines ne profiteront plus du
bouclier fiscal, dont ils étaient les principaux bénéficiaires.
Qui seront les gagnants ?
« Il est compliqué de dire qui va gagner avec la suppression du bouclier
fiscal couplé à la baisse des taux, car les bénéficiaires du bouclier se
trouvent à toutes les tranches de l’ISF », prévient l’économiste François
Ecalle, fiscaliste averti. A priori, toutefois, les grands gagnants
devraient se recruter chez ceux qui affichent à la fois un gros patrimoine
et de forts revenus les empêchant de profiter du bouclier fiscal. Leur
patrimoine était jusqu’alors taxé jusqu’à 1,8 %, il le sera désormais à 0,5
% tandis qu’ils ne perdront rien à la suppression du bouclier fiscal.
Selon les calculs du syndicat des
impôts SNUI-SUD Trésor Solidaires, les 1000 ménages disposant à la fois d’un
capital de plus de 16 millions d’euros et de très hauts revenus devraient
ainsi économiser, chacun, près de 400 000 € par an.
Bercy, toutefois, réfute ces calculs, expliquant qu’il convient raisonner à
long terme et de prendre en compte la hausse des droits de mutation
(donations et successions) incluse dans la réforme. À ce titre, ceux qui ont
le plus de patrimoine seront évidemment ceux qui paieront le plus au moment
de sa transmission.
Qui pourrait payer plus ?
Les perdants de la réforme devraient se recruter dans deux catégories.
D’abord, certains contribuables pour qui la disparition du bouclier fiscal
ne sera pas compensée par la baisse des taux de l’ISF. Ce sera le cas de
ceux qui avaient un fort patrimoine et de faibles revenus, puisqu’il
n’existera plus de mécanisme limitant le montant de leur imposition sur la
fortune. Le gouvernement a toutefois prévu de maintenir un mécanisme
particulier pour ceux qui bénéficiaient d’un remboursement du Trésor, non
pas au titre de l’ISF mais parce qu’ils payaient de très fortes taxes
foncières.
Autres perdants : ceux qui vont être soumis à contribution alors qu’ils
échappaient jusqu’alors à la fiscalité du patrimoine. En plus des donations
et successions, le gouvernement a en e et prévu deux mesures nouvelles. Une
taxation forfaitaire devrait être mise en place sur les plus-values
réalisées par les « exilés fiscaux » sur la vente de leurs biens en France.
Une taxe sera aussi instaurée sur les résidences secondaires détenues en
France par les non-résidents.
MATHIEU CASTAGNET