France: face à
la crise, le gouvernement taille dans ses mesures fiscales phares
PARIS, 24 août 2011 (AFP) - Le gouvernement français a
écorné, au nom de la lutte contre les déficits, un nouveau symbole de sa
politique économique, la défiscalisation des heures supplémentaires,
détricotant un peu plus encore le "paquet fiscal" censé mettre en musique le
programme de Nicolas Sarkozy.
La loi Travail, emploi, pouvoir d'achat (Tepa) d'octobre 2007 "est
détricotée", reconnaît un expert régulièrement consulté par Matignon. "C'est
un vrai détricotage", confirme le président centriste de la commission des
Finances du Sénat, Jean Arthuis.
Le bouclier fiscal, mesure phare du quinquennat permettant aux
contribuables, souvent aisés, de ne pas verser au fisc plus de la moitié de
leurs revenus? Supprimé.
La possibilité de déduire de ses impôts les intérêts d'emprunt
immobilier, qui devait permettre de bâtir cette "France de propriétaires"
chère au chef de l'État? Abandonnée au profit d'un prêt à taux zéro
"renforcé", supposé plus efficace.
La réduction d'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour les
riches qui investissent dans une PME? Revue à la baisse.
Le gouvernement a changé son fusil d'épaule sur les dispositifs
emblématiques de la "rupture" économique, qu'il défendait jusque-là bec et
ongles.
La nécessité de trouver plusieurs milliards d'euros pour réduire le
déficit public a eu raison d'un dernier tabou: la défiscalisation des heures
supplémentaires, application concrète du slogan "travailler plus pour gagner
plus" qui avait fait la fortune du candidat Sarkozy.
Certes, les exonérations inscrites dans le "paquet fiscal" lui-même
restent en vigueur. Ce qui permet à un conseiller gouvernemental d'affirmer
que "la loi Tepa n'est pas révisée". Le même souligne d'ailleurs que la
mesure, très technique, "ne touche pas les salariés" et donc leur pouvoir
d'achat mais uniquement les cotisations patronales.
Mais après la multiplication des rapports critiques vis-à-vis de la
défiscalisation des heures supplémentaires, jugée inefficace et coûteuse, le
gouvernement a dû se résoudre à un rabotage indirect.
Et s'il continue d'exclure toute hausse générale des prélèvements, les
coups de rabots successifs aux niches fiscales s'apparentent bien à des
augmentations ciblées des impôts.
La majorité assume certains revirements.
"La loi Tepa était une vraie pépinière de niches fiscales, celles-là
même qu'on veut aujourd'hui combattre", lâche Jean Arthuis.
Pour le député UMP Michel Piron, la défiscalisation des heures
supplémentaires "se justifie moins en pleine crise qu'en période de
croissance". "La gravité de la crise justifie des ajustements, ça s'appelle
du réalisme", insiste-t-il, avant de lâcher: "si on ne change rien, on va
dans le mur."
Un argument repris par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des
économistes. Selon lui, "avec la crise, ce n'est pas choquant que le
gouvernement change de politique". "Ce qui est important, c'est si la
nouvelle politique est bonne: il faut faire très attention aux petits
salaires, à ne pas bloquer la consommation et donc l'activité", prévient-il.
Aux yeux de certains, à gauche, ce qui reste du "paquet fiscal" est
encore trop.
"Les mesures, contestées,
étaient injustes et se sont montrées, avec le temps, inefficaces", juge
Vincent Drezet, responsable du Syndicat national des impôts. "Avec le
changement de contexte budgétaire, le gouvernement a dû un tout petit peu
corriger le tir. Pour autant, il n'a pas changé de philosophie fiscale",
ajoute-t-il.
Les revirements "cosmétiques" relèvent, selon lui, de la
"communication", pour montrer que "le message de l'équité fiscale a été
entendu".
Le gouvernement n'est pas revenu sur les exonérations d'impôt massives
sur les héritages, même s'il a taxé davantage les très grosses successions.
Et il continue de s'arc-bouter sur la défense de la TVA réduite dans la
restauration, pourtant très contestée.