Secret bancaire : la
France examine le système suisse
Par Cécile Crouzel Publié le 31/08/2011
Il y a deux ans, la croisade contre les paradis fiscaux battait son plein et
la Suisse était pointée du doigt. C'est dans un contexte très différent que
Valérie Pécresse a rencontré mercredi le secrétaire d'État suisse en charge
des Questions financières internationales, Michael Ambühl. En août, la
Confédération helvétique a signé avec deux pays clés, l'Allemagne et le
Royaume-Uni, des accords dits «Rubik», conçus à l'origine par les banquiers
suisses eux-mêmes. De fait, ils garantissent peu ou prou le maintien du
secret bancaire. À partir de 2013, les banques suisses prélèveront des taxes
sur l'argent caché dans leurs coffres par les citoyens allemands et
britanniques. Elles en reverseront le montant aux États concernés, mais sans
révéler le nom des détenteurs de comptes. Le contribuable allemand ou
britannique sera alors en règle avec son fisc.
La France, qui jusqu'à présent défendait l'échange d'informations avec la
Suisse, se retrouve du coup isolée. Va-t-elle changer de stratégie ? Dans
une interview au Figaro, Valérie Pécresse a dit la semaine dernière vouloir
analyser les accords allemand et britannique. Tout en précisant que les
principes républicains, et notamment la levée du secret bancaire lorsqu'elle
est demandée par un juge français, n'étaient pas négociables. L'heure n'est
pas à l'ouverture de négociations avec la Suisse. La réunion de mercredi
était «une réunion de courtoisie, demandée par les Suisses», dit-on au
ministère du Budget. «C'était une rencontre pour s'informer», précise-t-on
au département des finances helvète.
Cagnotte fiscale
Il n'empêche que la porte n'est plus totalement fermée côté français. Car
dans la pratique, la situation est plus nuancée qu'il n'y paraît. Les
Allemands et les Britanniques pourront demander aux Suisses, sous certaines
conditions, des identifications de comptes de fraudeurs. Et à Bercy, on
constate que les Suisses répondent peu souvent aux demandes d'informations
émanant du fisc français. Et ce malgré le nouvel accord de 2009, censé les
obliger à davantage de transparence.
En ces temps de crise des finances publiques, les accords de type Rubik
auraient l'avantage de faire rentrer de l'argent dans les caisses des États.
Dans les cas allemand et britannique, l'imposition des comptes est élevée. À
un premier impôt sur le stock, compris entre 19 % et 34 % des avoirs,
s'ajoute une taxe sur les revenus générés par ces avoirs (26,4 % pour les
Allemands ; de 27 % à 48 % pour les Britanniques). De quoi obtenir quelques
milliards de recettes, sachant que les Allemands auraient dissimulé en
Suisse de 130 à 180 milliards d'euros, les Britanniques entre 52 et 141
milliards d'euros et les Français 90 milliards.
« L'expérience a montré qu'on
surestime la cagnotte générée par de tels accords. Sur le moyen terme,
investir dans le contrôle fiscal est plus rentable», prévient toutefois
Vincent Drezet, secrétaire du Syndicat national unifié des impôts (Snui).
Ces accords posent surtout une question de philosophie politique, difficile
à trancher à huit mois de l'élection présidentielle.