
Fiscalité
Portrait-robot
des heureux bénéficiaires

Seules quelques
dizaines de milliers de familles,
les plus aisées, en profiteront.
Par Blandine GROSJEAN

samedi 18 septembre
2004 (Liberation - 06:00) |
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e
Syndicat
national unifié des impôts
a mis au point le scénario qui tue :
soit un couple nanti avec deux
enfants, aux revenus de 75 000 euros
annuels (40 000 francs par mois) et
employant une aide à domicile. Avant
la mesure Raffarin, ce couple payait
2 500 euros d'impôts. Désormais, il
n'en payera plus, alors que leur
employée (13 100 euros de revenus
annuels) restera, elle, assujettie à
l'impôt sur le revenu si elle n'a
pas d'enfant. Pour cet heureux
couple, la domestique corvéable dix
heures par jour reviendra à 625
euros par mois, calcule cette fois
un expert de la Cnaf (Caisse
nationale des allocations
familiales), si les enfants sont
âgés de moins de 6 ans, grâce à l'Aged
(Allocation de garde d'enfants à
domicile). Nul besoin d'être expert
pour déterminer où résideront les
gagnants du nouveau loto Raffarin :
dans les VIIe, XVe et XVIe
arrondissements parisiens, où, note
la direction des impôts, on utilise
déjà le plus ces réductions d'impôts
(1). Arrondissements auxquels il
faut adjoindre les Hauts-de-Seine et
la partie chic des Yvelines, qui
concentrent la majeure partie des
bénéficiaires de l'Aged.
Familles nombreuses. Personne
n'imaginait que la mère de famille
travaillant en horaires décalés à la
caisse d'Auchan pourrait enfin,
grâce à ce gouvernement, jouir des
services d'une nounou repasseuse à
la maison. Mais toutes les tribus à
loden n'en profiteront pas pour
autant : le relèvement de la
réduction d'impôts pour les emplois
familiaux est un cadeau consenti à
une petite dizaine de milliers de
familles tout au plus, selon un
expert de la Cnaf. Seuls 2 % des
quatre millions et demi d'enfants de
moins de 6 ans sont gardés par une
employée à domicile (80 000
enfants). Et parmi ceux-ci, un quart
seulement a des parents émargeant à
plus de 30 000 euros de revenus
annuels. Les familles nombreuses,
même aisées, qui profitent
actuellement de la réduction, sont
le plus souvent déjà non imposables.
Elles ne sont donc pas conviées à la
fête. D'autres, n'ayant pas les
moyens d'avancer la trésorerie (15
000 euros de salaire et charges), se
contentent de quelques heures de
services par jour, après l'école ou
la crèche. Seules celles qui feront
travailler la dame à temps plein en
la payant au-delà du Smic, ou qui
emploient plusieurs personnes, sont
donc concernées.
L'emploi du mot «famille» par le
Premier ministre est de toute façon
«mensonger» selon l'Union des
familles en Europe, car la mesure ne
profitera pas principalement aux
foyers fiscaux avec enfants à
charge. Il est offert à toute
personne employant maître d'hôtel,
femme à tout faire, cuisinière,
secrétaire particulier, chauffeur,
jardinier, et aux personnes âgées ou
handicapées ayant besoin d'une aide
à domicile. Le sens de la famille,
déjà évoqué pour les abattements
successoraux de Nicolas Sarkozy, ne
convainc pas plus que l'argument de
la lutte contre le travail au noir.
«Dégueulasse». «Cette
mesure touche une niche extrêmement
ciblée socialement, que l'on peut
situer géographiquement sans
caricaturer à Neuilly-sur-Seine ou à
Passy. C'est une nouvelle
illustration du report de la charge
fiscale sur certains salariés et de
l'inégalité de traitement»,
estime le Syndicat national unifié
des impôts. «ça devient de plus
en plus dégueulasse, estime pour
sa part Dominique Marcilhacy, de
l'Union des familles en Europe.
Tant mieux pour ceux qui en
profitent, mais dans les familles
peu imposées, ou pas du tout quand
il y a beaucoup d'enfants, on voit
les mères trimer entre leur travail,
la nourrice, les tâches ménagères.
La seule mesure équitable pour que
tout le monde puisse profiter d'une
aide extérieure serait l'exonération
des charges.»
(1) Sur l'ensemble du territoire
français, les emplois familiaux
représentent en moyenne 23 % du
total des réductions d'impôts, et
44,6 % dans ces trois
arrondissements parisiens.
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