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Mondialisation.
Analyse
Pourquoi le fisc se
fait plumer
L'Etat manque de moyens pour enrayer ce mécanisme sophistiqué.
par Grégoire BISEAU et
Nicolas CORI
QUOTIDIEN : jeudi 20 octobre 2005
Chaque année, la Direction générale des impôts (DGI) attend avec
angoisse ce que va pouvoir lui rapporter l'impôt sur les
bénéfices des sociétés présentes en France. Aussi surprenant que
cela puisse paraître, l'administration fiscale ne sait pas
anticiper ce qui constitue la troisième recette du budget de l'Etat
(42 milliards d'euros en 2005). La raison ? Entre autres, la
généralisation des politiques d'«optimisation fiscale» menées
par les multinationales.
Attrait suisse. Il s'agit d'un jeu très sophistiqué qui consiste
à payer ses impôts aux endroits de la planète les plus
avantageux. Pas besoin d'aller très loin. Pour une entreprise
présente sur le sol français, il suffit par exemple de rapatrier
ses bénéfices en Suisse, pour bénéficier d'un taux d'impôt sur
les bénéfices de seulement 6 % environ. C'est pourquoi plusieurs
multinationales ont eu la judicieuse idée d'installer leur
direction européenne à Genève. Hewlett-Packard, bien sûr, mais
aussi Colgate-Palmolive, General Motors, Gillette ou Procter &
Gamble. Et quand EADS (maison mère d'Airbus) ou Air France-KLM
cherchent où installer leur nouveau siège, ils partent aux
Pays-Bas. Uniquement pour des raisons fiscales... Peu importe si
l'Etat est un actionnaire important de ces deux groupes. Selon
les calculs de la CFDT de Colgate-Palmolive, si ces pratiques se
généralisaient à 80 % des multinationales présentes en France,
au moins 32 milliards d'euros pourraient échapper aux caisses de
l'Etat.
Que peut faire ce dernier ? «L'administration n'est pas assez
armée pour contrôler une question aussi complexe que celle des
transferts de bénéfices», explique Vincent Drezet, secrétaire
national du Syndicat national unifié
des impôts. Sur le papier, Bercy dispose de deux
armes. L'article 57 du code général des impôts permet de
redresser les entreprises qui pousseraient le bouchon un peu
loin. Chaque année, il réussit à récupérer environ 1 milliard
d'euros, selon le Conseil national des impôts. L'autre levier
est bien plus théorique : avec la notion d'«abus de droit», l'Etat
pourrait interdire tout mécanisme ayant pour seul but de
réaliser une économie d'impôts. Mais la définition est tellement
floue que l'arme n'a jamais été dégainée.
Lobbying. La DGI a rédigé cette année une note proposant
d'obliger les entreprises à déclarer au préalable tout mécanisme
d'optimisation fiscale qu'elles mettent en place. Mais, face à
un lobbying acharné, entre autres du Medef, Bercy n'a pas retenu
la note dans son projet de loi de finances 2006. «La discussion
se poursuit», dit-on au ministère. Reçu hier à Matignon, avec
une délégation de syndicalistes CFDT de Colgate-Palmolive, le
député UMP François-Michel Gonnot croit à une prise de
conscience : «Cela fait trois ans que nous sommes reçus par des
responsables gouvernementaux. Jusqu'à présent, on a été écoutés,
sans plus. Cette fois-ci, on a été entendus. Matignon est prêt à
soutenir la création d'une mission d'information parlementaire
sur le sujet, si le diagnostic de Bercy ne fait pas consensus.»
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