'est
la cerise sur le gâteau de Jean-Pierre
Raffarin. En annonçant une réduction
d'impôts plus importante pour les
emplois à domicile, vendredi dans le
Figaro, le Premier ministre s'est
attiré les foudres de la gauche, mais
aussi les grognements d'une partie de sa
majorité. Car ce cadeau aux
contribuables les plus aisés, venant
après l'annonce par Nicolas Sarkozy d'un
abattement général de 50 000 euros sur
les successions, renforce le sentiment
que le gouvernement pratique une
politique fiscale inégalitaire. Revue
des cadeaux à venir en 2005 et 2006.
Réduction d'impôt sur le revenu pour
emplois à domicile
Le plafond de dépenses pour un
employé de maison, une baby-sitter ou un
jardinier passera de 10 000 à 15 000
euros. 50 % de cette somme pourra être
déduite de l'impôt sur le revenu, soit 7
500 euros contre 5 000 jusqu'à présent.
Cet avantage fiscal n'intéresserait en
fait que 60 000 ménages sur les 1,54
million qui bénéficient déjà d'une telle
réduction d'impôts. Coût pour l'Etat :
environ 60 millions d'euros. En 2004, 70
000 familles avaient déjà profité d'un
relèvement du plafond de 6 900 à 10 000
euros. «C'est du clientélisme fiscal,
une baisse déguisée de l'impôt sur le
revenu réservée à ceux qui sont taxés au
taux le plus élevé», accuse Vincent
Drezet, porte-parole du
Snui (Syndicat national unifié des
impôts). Le député PS Didier
Migaud, membre de la commission des
finances, dénonce un «scandale» :
«Un million d'employeurs à domicile
modestes ne sont toujours pas aidés, car
non imposables.» Il propose donc que
le gouvernement établisse un crédit
d'impôt (qui se traduirait par une aide
financière directe) pour les familles
modestes. Par ailleurs, les statistiques
démentent l'effet sur l'emploi des
hausses de l'avantage fiscal pour
emplois à domicile. Depuis 1994, ces
emplois ont constamment progressé,
passant de 428 000 à 556 000, même quand
la gauche a baissé cet avantage (lire
page 4).
Dans la majorité, Pierre Méhaignerie,
président de la commission des finances
de l'Assemblée et futur n° 3 de l'UMP,
est furieux de ne pas avoir été prévenu
par Matignon, tout comme son collègue
Gilles Carrez, rapporteur du budget.
«D'où vient cette idée ?,
s'interroge-t-il. Puisqu'il semble
exister des marges de manoeuvre, on doit
me convaincre qu'il n'y a pas d'autres
solutions, meilleures, plus justes et
plus efficaces.»
Successions
Sarkozy tient, de son côté sa mesure
phare : un abattement de 50 000 euros
sur les successions, avant celui des
veufs de 76 000 euros et celui de 50 000
euros (au lieu de 46 000) pour les
enfants. Un cadeau de poids, 600
millions d'euros, l'équivalent d'une
baisse générale de 1 % de l'impôt sur le
revenu. Il bénéficie là encore aux
héritiers les plus aisés, puisque seuls
20 % des héritages sont concernés, les
autres étant déjà exemptés. Soit 70 000
familles sur les 570 000 qui héritent
chaque année. Sarkozy n'évite pas non
plus les critiques à l'UMP. Hervé
Mariton, porte-parole du groupe, observe
que le nouveau dispositif crée une
distorsion au détriment des familles
nombreuses et au profit de l'enfant
unique, ce qui contredit la politique
familiale de la droite. Les héritiers
auront aussi, en 2004/2005, bénéficié
des mesures de transmission anticipée :
le «don Sarko» permet de donner de son
vivant à ses enfants 20 000 euros sans
droits de succession, en plus des
dispositions existantes.
Impôts de solidarité sur la
fortune
Officiellement, le gouvernement ne
veut pas toucher à l'ISF. Le projet de
budget soumis au Parlement ne comporte
aucune mesure le concernant. Mais nombre
de députés UMP et UDF exigent au minimum
que le barème de l'ISF soit indexé sur
l'inflation. Ce qui coûterait entre 32
millions et 180 millions d'euros selon
la formule choisie. Pour contourner
l'accusation d'injustice fiscale,
Méhaignerie combat l'ISF au motif qu'il
serait un «accélérateur de
délocalisation» des emplois.
Sarkozy, prudent, préfère attendre le
débat au Parlement pour se décider.