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Semaine du jeudi 22 septembre
2005 - n°2133 -
Économie
Impôts : les vrais
gagnants
Moins d’impôts pour les classes moyennes, moins d’ISF pour les
riches, et même un coup de pouce à la prime pour l’emploi, la
réforme Villepin offre des cadeaux à tous les Français. Mais
peut-on faire confiance à un plan qui réduit les recettes de l’Etat
alors que les déficits explosent...
Dominique de Villepin a ouvert son carnet de chèques, mais il
paie avec l’argent des autres. Sa réforme fiscale offre aux
Français une baisse de 3,5 milliards de l’impôt, qui sera payé
en 2007, sur les revenus encaissés en 2006. Mais le Premier
ministre n’a pas le premier euro pour financer ce cadeau. Son
plan ne s’accompagne en effet d’aucune économie correspondante
dans les dépenses publiques. Pour combler ce trou dans le
budget, il faudra donc trouver d’autres recettes, c’est-à-dire
d’autres impôts. Seulement, comme la mesure s’applique en 2007,
année de l’élection présidentielle, c’est son successeur à
Matignon qui devra régler la note ! Une petite bombe à
retardement. A son arrivée, Dominique de Villepin avait écarté
toute baisse d’impôts. Dans son discours de politique générale,
le 8 juin, le Premier ministre avait donné la priorité à la
lutte contre le chômage en reconnaissant qu’il ne pouvait pas
tout faire en même temps: « Toutes nos marges de manœuvre iront
à l’emploi: ce choix commande de faire une pause dans la baisse
de l’impôt sur le revenu. » Quelques semaines plus tard, Thierry
Breton, le ministre des Finances, ajoutait: « La France vit
au-dessus de ses moyens. » Cette réforme est donc un changement
de cap, négocié dans l’urgence, un coup politique, qui vise à
prendre de vitesse Nicolas Sarkozy, partisan d’une profonde
réforme. Mais son impact économique sera limité. La mesure
prenant effet dans deux ans, elle ne devrait pas avoir
d’influence avant 2007. En revanche, la France, qui peinait déjà
pour respecter le seuil de 3% de déficit des finances publiques,
risque de sortir des clous.
Un impôt plus simple
Première nouveauté: le gouvernement a décidé d’intégrer
l’abattement de 20% dans le barème et de baisser ainsi les taux.
C’est le principal atout du projet Villepin: il rend la taxation
des revenus plus lisible, donc plus acceptable, même s’il a
écarté le prélèvement à la source défendu par Nicolas Sarkozy.
Jusqu’ici, les Français pratiquaient des abattements sur leurs
revenus avant de les déclarer: 10% pour frais professionnels
(réservé aux salariés), puis 20%. Si bien que les taux marginaux
en apparence élevés s’appliquaient à des revenus minorés par ces
déductions. Les contribuables avaient l’impression d’être
fortement taxés, alors qu’en réalité leur taux moyen
d’imposition, qui figure désormais sur l’avis, est beaucoup plus
faible que le taux marginal. Objectif de cette réforme :
rapprocher les taux réels des taux du barème. Plus de 90% des
revenus bénéficiaient déjà de cet abattement de 20%, selon le
Conseil des Impôts. Pour les autres (revenus fonciers,
professions indépendantes…), Bercy mettra en place des
correctifs afin d’éviter de leur donner un avantage indu.
Un impôt moins progressif
Deuxième bouleversement: la réduction du barème, qui passe de
six à quatre tranches. « Il n’ y a aucun perdant et les
principaux bénéficiaires sont les salariés des classes moyennes,
ceux qui gagnent entre 1 000 et 3 500 euros par mois », assure
Jean-François Copé. Selon le ministre du Budget, plus de 70% des
3,5 milliards de baisse iront aux foyers dont le revenu annuel
est compris entre 10 000 et 40 000 euros.
Vincent Drezet du SNUI, un syndicat des impôts,
est plus réservé: « Plus on réduit le nombre de tranches,
moins l’impôt est progressif et plus l’on se rapproche d’un
impôt proportionnel. » Certes, la France est encore loin
du taux unique adopté par certains pays de l’Est (19% en
Slovaquie). Mais le barème est devenu plus compact. Le
gouvernement s’est également mis au diapason des autres pays
européens, comme l’Italie ou la Grande-Bretagne avec un taux
supérieur de 40%. Rappelons que ce taux maximum s’élevait à 65%
il y a vingt ans. Les réformes sont toujours faites pour les
classes moyennes, mais, on le voit, les riches en ont été les
grands bénéficiaires.
Des impôts plafonnés à 60% du
revenu
Troisième innovation: aucun Français ne devra consacrer plus de
60% de ses revenus au paiement des impôts sur le revenu (hors
CSG), sur le patrimoine (ISF) et des taxes locales
(habitation…). Ce seuil est en vigueur dans certains pays
européens (Espagne, Suède…). « Cette mesure concerne 126 000
contribuables qui se trouvent pour 90% d’entre eux tout en bas
de l’échelle des revenus », selon Thierry Breton. Ceux-là feront
une économie d’impôts de 350 millions d’euros. Pour le
socialiste Didier Migaud, cette formule permettra à quelques
particuliers aisés de réduire leur impôt de plusieurs dizaines
de milliers d’euros. Certains élus de la majorité, comme le
sénateur sarkozyste Alain Lambert, jugent que le système retenu
est une usine à gaz, car il mélange des impôts nationaux et des
taxes locales. Le plan prévoit en effet de reverser au
contribuable les sommes qui auront été perçues en trop, au-delà
de ce seuil de 60%. Mais il ne sera pas facile de faire le
partage entre l’Etat, la région et le département: un beau
casse-tête en perspective. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs
recommandé un seuil de 50%, excluant les taxes locales. Enfin,
ce plafonnement permet de résoudre partiellement le problème d’ISF
de certains contribuables disposant d’un patrimoine élevé et de
ressources limitées, comme les fameux paysans de l’île de Ré,
imposables en raison de la flambée de l’immobilier. En tout 12
000 assujettis à l’ISF en bénéficieront. Mais Nicolas Sarkozy et
une partie de l’UMP pourraient ne pas se satisfaire de ce qu’ils
considèrent comme une demi-mesure. Ils prônent, eux, une vraie
réforme de l’ISF.
Des niches fiscales plus limitées
C’est la quatrième nouveauté, qui ne concerne que les
contribuables aisés. Désormais, les avantages fiscaux (crédits
d’impôts, déductions pour les dons aux œuvres, etc. ) seront
plafonnés à 8 000 euros par foyer fiscal, plus 750 euros par
personne à charge. La liste définitive n’est pas encore arrêtée,
mais ce plafond a été fixé suffisamment haut pour que les
contribuables puissent utiliser à plein la déduction pour
emplois à domicile (6 000 euros). En revanche, la mesure
pénalise ceux qui pratiquaient la chasse au gadget fiscal et
cumulaient abusivement tous les dispositifs.
Thierry Philippon |
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