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Pour le débat fiscal,
vive l’ISF !
Vincent Drezet, secrétaire national
du SNUI
Le débat qui porte sur l’ISF est assez vif. Pour certains, il faut supprimer
l’ISF, cet impôt imbécile (lui aussi !) et anti-économique tandis que pour
d’autres, il faut le défendre voire le renforcer car il est garant d’une
meilleure redistribution fiscale. Les anti-ISF pointent les départs à
l’étranger que les seconds relativisent, regrettant l’absence de données
complètes sur les flux entrants. Les premiers dénoncent un impôt idéologique
mais les seconds voient dans sa remise en cause une approche tout aussi
idéologique. En un mot, l’ISF est « clivant ». Et disons-le, c’est plutôt
une bonne nouvelle !
Car avouons-le, sans l’ISF, le débat fiscal, déjà moribond, serait
franchement atone. Si l’ISF a un mérite, c’est donc bien celui de montrer en
quoi les choix fiscaux sont, toujours, éminemment politiques ! Car l’impôt
neutre n’existe pas, il procède d’un choix de société, il a des conséquences
sur la répartition des richesses et sur le financement de l’action publique.
En clair, il structure le « modèle social ».
Alors oui, l’ISF est mal fichu, il est truffé de niches fiscales
(exonérations, abattements, réductions…) qui permettent à certains « riches
» de le réduire voire même d’y échapper alors que d’autres contribuables,
certes aisés mais pas réellement fortunés pour autant, le paient. Oui,
certains profitent de la concurrence fiscale et de la capacité qu’ils ont de
se mouvoir dans une liberté de circulation en Europe (qui profite en réalité
à bien peu de monde) et échappent à l’ISF. Oui, il passe à côté de son
objectif de réduire les inégalités, est peu rentable, de plus en plus
complexe et ne répond pas à ce qu’on attend d’un véritable impôt sur le
patrimoine. Oui, il serait préférable de le réformer en profondeur afin de
maintenir une imposition du patrimoine tout aussi indispensable pour la
justice fiscale et sociale (sur le plan de la réduction des inégalités et du
caractère redistributif du système fiscal) que pour l’activité économique
(les libéraux « historiques » voulaient taxer le patrimoine pour éviter une
rente jugée antiéconomique).
En attendant, bien qu’inversement proportionnel à son poids dans les
recettes fiscales de l’Etat (moins de 1,5 %), c’est le seul impôt qui nous
offre (mais pour combien de temps ?) un débat fiscal. Un paradoxe de plus
pour cet impôt qui vaut bien un hommage ironique et un brin provoc’ : pour
le débat fiscal, vive l’ISF ! |