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L’impôt et le pouvoir
d’achat sont-ils vraiment incompatibles ?
Payer des impôts, c’est avoir moins d’argent. Mais sans impôts, point de
services publics. Or si ces services devenaient privés, leur coût
retomberait individuellement sur chaque contribuable.
Vincent Drezet, secrétaire national
du SNUI
A première vue, l’impôt est un prélèvement qui grève le pouvoir d’achat :
pour le payer, il faut renoncer à d’autres dépenses ou à épargner. Une
évidence ? Voire… Bien vivre son argent implique de creuser cette question
sensible : l’impôt ne disparaît pas dans un trou noir, il finance l’action
publique. Certes, il existe des dépenses mal calibrées. Or, il est évident
que l’argent public doit être bien géré, c'est-à-dire dépensé avec le souci
de l’intérêt général. Mais il y a une contrepartie aux ressources publiques
: les membres d’une société (ménages, entreprises) financent collectivement
certaines dépenses, ce qui permet notamment d’assurer l’égalité d’accès aux
services publics. On peut critiquer (à juste titre) le système fiscal, de
plus en plus injuste il est vrai, retenons simplement ici que le principe
d’une répartition sur la collectivité est légitime.
Car dans une société sans impôt, chacun devrait payer la totalité du coût
des services dont il a besoin. Imaginons que pour accoucher, se soigner,
être scolarisé, être protégé, etc., chaque utilisateur (client) doive payer
ces services. Le prix à payer, individuel et collectif, serait très élevé :
les prestataires dégageraient un profit et, de plus, le coût de ces
prestations serait intégralement supporté par leurs utilisateurs, ce qui
exclurait une très grande part de la population. Qui peut par exemple payer
7 700 euros pas an pour envoyer son enfant au collège (c’est le coût que
l’Organisation de coopération et de développement économique évalue pour la
France) ? Bien peu de monde ! Multiplions les années de la crèche à
l’université, il est certain que de nombreux enfants arrêteraient leurs
études prématurément faute de moyens. On peut ainsi décliner les exemples
(santé, sécurité…). Globalement, la société serait perdante : les inégalités
exploseraient, l’activité économique serait plombée.
Un financement public réparti équitablement sur tous les membres d’une
collectivité en fonction de leurs capacités peut être un instrument
favorisant le pouvoir d’achat direct et indirect des ménages, lesquels
peuvent ainsi avoir accès à un service public à un coût inférieur à celui
qu’il serait dans notre société sans impôt. L’affirmation pourra être
ressentie comme une provocation ; au fond, elle est vraie, à condition
toutefois de disposer d’un système fiscal juste… C’est là que le bât blesse. |