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Et si on supprimait le
paquet fiscal pour diminuer la TVA?
Par Vincent Drezet secrétaire
national du Syndicat National Unifié des Impôts (SNUI). Le débat
fiscal revient sur le devant de la scène grâce à la crise. L'impôt
progressif n'est plus raillé, d'autant plus que la Grande-Bretagne vient de
créer une nouvelle tranche d'imposition. Pour relancer la consommation,
baisser la TVA serait une possibilité. Pour la financer, pourquoi ne pas
supprimer le paquet fiscal?
La crise n’a pas fini de provoquer des remous et de soulever les débats les
plus inattendus. Ainsi en va-t-il de la relance du débat fiscal européen,
sur des bases qui paraissaient jusqu’ici improbables.
Un verrou qui saute
En effet, en envisageant de baisser son taux normal de TVA de 2,5 points
(pour le ramener de 17,5% à 15%, soit le minimum possible au sein de l’Union
européenne, rappelons que le taux normal de TVA est de 19,6% en France et de
19% en Allemagne, TVA sociale comprise) et de créer une nouvelle tranche à
l’impôt sur le revenu à laquelle serait appliqué un taux de 45% (contre 40%
pour l’actuel taux marginal du barème), le gouvernement britannique vient de
faire sauter un verrou qui plombe depuis une vingtaine d’années le débat
fiscal européen.
Ce verrou conduit à baisser l’imposition des bases mobiles (ménages riches,
grandes entreprises…) au détriment des bases immobiles (classes moyennes)
lesquelles, en contribuables captifs des choix fiscaux, ne peuvent qu’en
supporter les conséquences, soit en assumant le report de la charge fiscale
(par la hausse d’autres impôts) soit en subissant la pression ainsi exercée
sur les finances publiques (qui favorise notamment les privatisations).
Le retour de l'impôt progressif ?
Baisser la TVA et augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu :
jusqu’ici, proposer une telle orientation déclenchait les sarcasmes du
discours dominant et l’on avait vite fait d’être taxé d’archaïque,
d’idéologue ou, au mieux, de doux rêveur. Quelque chose a donc changé au
Royaume-Uni et, de fait, en Europe.
Ainsi, il serait économiquement possible et souhaitable de renverser «
l’ordre fiscal » qui, il y a peu, semblait immuablement établi. Face à la
crise et aux discussions sur les mesures à prendre au sein de l’Union
européenne, la proposition britannique, pour éconoclaste qu’elle puisse
paraître, a au moins le mérite de relancer un débat fiscal européen
moribond.
Baisse de la TVA ou maintien du paquet fiscal ?
Au jeu des calculs, il en est un qui, quoique très « facile », n’en demeure
pas moins instructif. On se souvient tous du « paquet fiscal » voté l’été
dernier. Le manque à gagner des diverses mesures fiscales (bouclier fiscal,
allègement des droits de donation et de succession, réduction d’ISF,
exonération des heures supplémentaires et crédit d’impôt sur intérêts
d’emprunt) qu’il comportait s’élève à 14 milliards d’euros en année
pleine**.
De son côté, un point de TVA est équivalent à une rentrée fiscale de 5,7
milliards d’euros***. Une baisse de 2,5 points du taux normal de TVA est
donc égale à un manque à gagner de 14,25 milliards d’euros. En clair, une
baisse de 2,5 points de TVA pourrait être financée par la suppression des
dispositions fiscales contenues dans la loi TEPA, le fameux paquet fiscal.
Relancer la consommation
Certes, on pourra objecter que la répercussion sur les prix n’est pas
garantie et que, de la sorte, on peut difficilement tabler sur cette seule
mesure pour relancer la demande... Mais on pourra répondre que, dans le
contexte actuel, la répercussion, même partielle, sera bien réelle, faute de
quoi la consommation faiblira et déprimera la demande, donc l’activité
économique.
Il serait donc dans l’intérêt des entreprises de répercuter une telle
baisse. On précisera également qu’avec le paquet fiscal, la rente,
fiscalement déjà bien chouchoutée, alimentera les inégalités, au grand dam
des partisans d’une plus grande justice fiscale mais aussi des libéraux (les
vrais, ceux qui sont favorables à une forte taxation du patrimoine), qui la
considère comme économiquement préjudiciable !
L’équivalence des « coûts » (baisse de 2,5 points de TVA d’un côté, coût du
paquet fiscal de l’autre) est troublante et illustre à merveille le fait que
les choix fiscaux ne sont jamais neutres. A l’heure où les interrogations
sur la TVA sociale sont relancées par un certain discours qui se verrait
bien profiter du trouble ambiant pour passer « ses » réformes sur le dos de
la crise, il est utile de voir que d’autres choix, économiquement positifs
et socialement justes, sont possibles.
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