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AUDIT CITOYEN DE LA DETTE, IL Y A URGENCE !

Intervenants : Thomas Coutrot, co-président d'ATTAC, Eric Toussaint CADTM (comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde)

De la nécessité pour la démocratie d'engager un audit citoyen de la dette :

La question de la dette publique  ne peut plus aujourd'hui être traitée sans qu'il y ait un véritable débat démocratique. Il y a actuellement un transfert colossal des richesses, à travers la création de fonds européen de stabilité financière qui vient se heurter au droit démocratique des peuples.

L'idée d'un audit citoyen de la dette est partie d'autres pays comme l'Équateur, qui a suspendu le paiement d'une partie de sa dette. La dynamique citoyenne d'audit avec une demande d'ouverture des livres de comptes de l'État, des collectivités, des banques, permet aussi de s'interroger sur l'identité des détenteurs de la dette publique.

La dette est un élément nodal de toutes les politiques d'austérité. Faire un audit citoyen permettra de déboucher sur la définition d'autres politiques : les politiques fiscales à mettre en œuvre, définir quels investissements sont à réaliser dans les services publics, etc..

Ce qui se passe actuellement en Europe :

Un audit citoyen est actuellement en cours en Grèce. L'Irlande qui a fait réaliser des audits par des experts, va désormais s'engager sur un audit citoyen. En Espagne et au Portugal, des audits citoyens vont être lancés avant la fin d'année.

En France, a été lancé l'audit citoyen de la dette, (dont l'Union SNUI-SUD Trésor Solidaires est partie prenante voir le site audit-citoyen.org). Partout des collectifs sont appelés à se créer (voir communiqué).

Un économiste grec présent a affirmé la nécessité de conduire une campagne européenne sur le lien entre la dette et l'austérité et de conduire des audits citoyens partout.

Lors de la conférence de presse, Thomas Coutrot a justifié la mise en place d'un audit citoyen pour replacer le débat sur la dette publique au cœur du débat démocratique.

Annick Coupé a précisé pourquoi un syndicat s'engage dans une telle démarche : pour contrer tous les discours et particulièrement le chantage à la dette qui est devenu l'unique argument pour justifier les politiques d'austérité. Nous avons la responsabilité de déconstruire l'argumentaire véhiculé.

Pour Eric Toussaint, il faut mener cette campagne de l'audit citoyen de la dette à l'image de celle qui a été menée contre le TCE en 2005. En 2005 on se battait contre une menace, aujourd'hui on se bat contre quelque chose que tout le monde peut constater : la diminution des prestations sociales, le recul des services publics..

 

Comment suspendre le paiement de la dette publique et répudier la dette illégitime en toute légalité - CADTM Europe

intervenants : Claude Quémar (CADTM France) et Myriam Bourgy (CADTM Belgique).

Le comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM) œuvre depuis plusieurs années pour obtenir l'annulation des dettes des pays du sud. Aujourd'hui, la crise née de la spéculation financière et ses conséquences  met en lumière la similitude des mécanismes qui conduisent à la crise des dettes publiques des Etats du Nord. Combattre les discours sur la dette, et son instrumentalisation pour asseoir des politiques d'austérité passe aussi par les mêmes questionnements à avoir que sur les dettes des pays du sud : les dettes sont elles légales, légitimes ? Comment les remettre en cause en se basant sur le droit international public ? Qu'est-ce qu'une dette odieuse, onéreuse ?

Première idée à relativiser : on ne peut se répudier des dettes publiques, les emprunts faits par les Etats auprès des banques, ou autres possesseurs de la dette engagent juridiquement et irrémédiablement les Etats :

En effet, en droit, le principe « pacta servant sunt » indique le caractère impératif des engagements, mais des dérogations à ce principe existent depuis longtemps.

De plus, dans la hiérarchie des normes de droit, le respect des droits humains est supérieur au respect des contrats y compris les contrats financiers.

Il existe des dettes qui sont des dettes particulières, et qui peuvent ne pas être payées, de par leurs qualités :

Que sont les dettes illégales, les dettes illégitimes ou odieuses, les dettes onéreuses , les  dettes insoutenables :

La question de l'illégitimité de la dette va au-delà de la question de sa légalité :

Une dette sera illégale, si par exemple une personne s'engage au nom d'un Etat alors qu'elle n'en a pas le mandat. C'est ce qui s'est passé pour l'Etat paraguayen.

Quant à l'illégitimité de la dette, l'histoire en a fourni quelques exemples (par exemple lors de l'indépendance de Cuba en 1828, les Etats-Unis refuseront de payer la dette pour les investissements réalisés par les espagnols, comme étant une dette odieuse). Notamment, lors de changements de pouvoir ou de révolutions politiques, les dettes qu'on aurait envers les régimes antérieurs et dictatoriaux ou coloniaux sont qualifiées d'illégitimes par les nouveaux détenteurs du pouvoir. C'est Alexander Zack qui en 1927 écrit un long article sur la dette odieuse. L'apartheid est un exemple typique de dette odieuse. Cette théorie de la dette odieuse est applicable encore aujourd'hui, pour les pays du Sud mais aussi les pays du Nord avec les plans imposés par le FMI.

La dette est qualifiée d'onéreuse, lorsque payer la dette va clairement à l'encontre des intérêts des populations.

Quant à la dette insoutenable c'est une expression employée par le FMI, et qui implique qu'il y a un seuil où la dette est encore payable et qu'à un moment donné la dette peut redevenir payable, soutenable (donc cette notion implique le maintien d'un principe de domination de la part du FMI).

Faire appel à ces notions de dette illégitimes, odieuses, ou onéreuses n'est pas aisée. Il est clair que le droit bouge, mais selon les rapports de force : la population doit donc se mobiliser !

Par ailleurs, on peut aussi se baser sur des arguments juridiques, sur les conventions internationales pour suspendre le paiement d'une dette voire, obtenir son annulation .

Arguments juridiques pour suspendre le paiement de la dette :

On peut s'appuyer sur trois arguments juridiques  figurant dans la convention de Vienne de 69 sur le droit des traités, trois causes qui pourraient permettre de suspendre le paiement de la dette :

-        Le  cas de force majeur : il s'agit d'un événement imprévu et extérieur à l'Etat qui fait qu'il est dans l'impossibilité de rembourser la dette.

-        L'état de nécessité : continuer à rembourser  la dette va à l'encontre des droits de base de la population.

-        Le changement fondamental de circonstances : l'exemple est celui du taux d'intérêt changé unilatéralement par les Etats Unis et la GB pour les dette des pays du Sud, ce changement créé un déséquilibre dans les contrats . Aujourd'hui la même chose serait applicable à la Grèce : avant la Grèce pouvait emprunter à 0,35% et actuellement elle y est obligée au taux de 6% !

Arguments juridiques pour obtenir la répudiation de la dette :

On peut invoquer :

-         le vice du consentement (convention de Vienne de 69 et de 86), si une personne était incompétente pour contracter une dette ou s'il y a eu corruption du contractant lors de négociations : par exemple, Siemens a versé des pots de vin à la Grèce.

- la contrainte ou les pressions exercée sur les contractants :

Il y a eu pression sur la Grèce de la part de l’Allemagne et la France pour que la Grèce ne limite pas son budget armement !

-        Le dol : c'est une conduite frauduleuse pour obtenir prêt : ceci entraîne la nullité du contrat

-        la cause illicite et immorale du contrat : on pourrait dire qu'il y a cause immorale du contrat lorsqu'on subordonne l'octroi de prêt à l'application de plans de rigueur.

Pour la dette grecque, il y a eu des constructions d' infrastructures pharaoniques pour les jeux olympiques, ces constructions allaient à l'encontre population.

Il est indispensable de procéder aujourd'hui à un audit de la dette pour avoir toutes les informations sur la dette et pouvoir ensuite utiliser ces arguments juridiques.

Ainsi on peut avancer que la création d'une politique fiscale qui alourdit la dette, était une politique fiscale illégitime et donc qu'on ne devrait pas payer la dette correspondante.

On peut aussi dire qu'il y a « enrichissement sans cause » quand on a des prêts faits à des Etats au taux de 2 à 4% alors que pour certains Etats, on demande des remboursements à des taux d'intérêts de 6% ou plus !

En conclusion on peut dire qu'une dette n'est qu'un outil, un mécanisme, et qu'après l'abolition de la dette, il est nécessaire de se poser la question de savoir comment on reconstruit, sans reproduire un système qui nous a conduit à cet état.