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Istanbul le 2 juillet 2010 Quelles solutions et actions contre la crise en Europe ?
Séminaire animé par : Network Transform!Europe, Fondation Rosa Luxembourg (Allemagne), Attac Hongrie, Attac France, CADTM, Alternatives (Russie), Network for political and social rights (Grèce), et une représentante du Portugal. Le capitalisme débridé ou néo-libéralisme à l'œuvre ces dernières décennies, n'a conduit qu'à une augmentation des inégalités sociales et des attaques de plus en plus graves sur l'environnement. Le système financier est tout puissant et les fiscalités nationales de plus en plus injustes. Les solidarités volent en éclat et dans certains pays qui n'ont pas de minima sociaux apparaissent de véritables ghettos sociaux. Ainsi en est-il des Roms en Hongrie (qui représentent 7% de la population du pays) exclus de tout travail et de toute aide. Les réponses apportées à la crise actuelle (crise financière, dettes des états et récession économique), loin d'améliorer la situation, l'empirent en dégradant encore les conditions de vie des population. En Grèce, au Portugal et dans bien d'autres pays, on pratique des coupes sombres dans les budgets sociaux. On diminue les salaires des fonctionnaires (Grèce, Roumanie...). Partout, le montant des pensions de retraite diminue et l'on augmente la durée du travail. Les ajustements fiscaux consistent essentiellement en une augmentation de la TVA (Portugal), impôt le plus injuste. Quelles propositions alternatives portent les mouvements de gauche et les mouvements sociaux ? Quelles en sont les convergences et les divergences ? Le diagnostic sur la crise est partagé : la crise actuelle est une crise mondiale, systémique et écologique. Il s’agit véritablement d’une crise de la démocratie. Cette crise est aussi une crise sociale et met en avant le problème du partage des richesses (on rémunère bien plus qu'avant le capital par rapport au travail). Le système porte en lui ses contradictions et donc ses crises successives. Le niveau de riposte, en revanche, n'est pas perçu par tous de la même façon. Les partis (avec un objectif de prise du pouvoir) et les syndicats (structurés eux-aussi par pays) privilégient typiquement le cadre national. Les mouvements sociaux portent plus la riposte au niveau européen ou mondial. Mais peut-être ne s'agit-il que d'une question de tempo ? Tous, en effet, se retrouvent pour affirmer la nécessité de passer des alliances au niveau européen (au moins) pour changer les rapports de force. C'est sur le type de riposte qu'il y a le plus de diversité. Une fois dit que c'est la démocratie qui est attaquée et qu'il s'agit pour le pouvoir politique et les citoyens de reprendre la main, le débat s'engage sur les propositions visant différents objectifs. Le contrôle des marchés financiers et la règlementation des banques : - lutte contre les paradis fiscaux. - instauration de taxes sur les transactions financières. - Réglementation des banques avec création d’un pôle public bancaire pour certains, séparation des banques d'affaire et des banques de dépôt pour d’autres, prise en main du crédit avec l’idée qu’il s’agit d’un bien commun comme un autre. - un moratoire pour la dette ou une annulation ? Le retour de l'État comme acteur prépondérant : - retrouver une politique d'investissement public ce qui nécessite des réformes fiscales tendant à augmenter les recettes tout en allant vers plus de justice fiscale. - remise en cause de l'indépendance de la BCE qui devrait pouvoir financer directement la dette des états et avoir des objectifs de développement. - développer et améliorer les services publics. Démocratiser l'économie : - contrôle citoyen sur les décisions politiques et économiques. - donner plus de pouvoir (ou tout le pouvoir ?) aux travailleurs et aux citoyens à chaque échelon de décision. Enfin, pour beaucoup de forces politiques et sociales, les solutions techniques ne suffisent pas. Leur idée est de rompre avec le modèle de développement actuel insoutenable. C'est alors une politique de rupture avec la stratégie de Lisbonne qui est prônée. Ceci conduit à réviser les types de production et nécessite la mise en place de rapports de force afin d'imposer ces nouveaux choix aux gouvernants actuels. Au there is no alternative de Margaret Thatcher des années 80, les mouvements sociaux d'aujourd'hui répondent TATA (there is a thousand alternatives, il y a des milliers d'alternatives) ! In fine, c'est inévitablement la question du rapport de force et des moyens d'actions qui se pose. Les ripostes actuelles sont défensives et malgré une population de plus en plus frustrée, aucun coup d'arrêt n'est mis aux politiques gouvernementales (market states) ni à la marche de l'économie mondialisée. La légitimité perdue du néo-libéralisme qui continue néanmoins d'être appliqué partout pèse comme un danger sur la démocratie. Le sentiment d'impuissance fait renaître et avancer des idées nationalistes et xénophobes dans tous les pays d'Europe. Les effets concrets de la crise augmentent les divisions dans la société, et singulièrement dans le bas de l’échelle sociale. On peut désormais résumer la situation par une question de choix entre l’intérêt des marchés financiers ou celui des peuples. Il faut chercher du côté de la redistribution des richesses, d’un besoin de démocratie économique. Ce problème de compromis révèle le problème de la démocratie sociale. En réponse, sans doute faut-il organiser un front progressiste le plus large possible regroupant tout l'éventail des mouvements. Les forces civiles, syndicales et politiques coopérant, nos exigences doivent être clarifiées et se poser en véritables alternatives politiques. Quelques axes forts doivent émerger comme par exemple le droit et l'accès à la santé dans son acception la plus large c'est à dire le bien-être de la population. Ainsi, des fondamentaux forts pourront s'opposer aux principes actuels dominants. Il s'agit de se poser clairement en contre face à l'adversaire. Pour ce, les forums sociaux, à toutes les échelles, sont de bons outils pour créer les conditions d'alliances larges et la recherche des leviers d'action les plus pertinents et les plus efficaces. Le débat sur la stratégie d'action révèle la tension entre unité et radicalité. Il faut se saisir des occasions de mobilisations (comme l'appel de la CES le 29 septembre prochain) pour y apparaître et pousser nos exigences mais ne pas s'en contenter et proposer d'autres actions. Il est toutefois important d'affirmer l'unité et de toujours se placer dans une perspective de convergences. Plutôt que la recherche désespérée et incantatoire du plein emploi, peut être faut il chercher du côté de la réduction du temps de travail et donc in fine du partage du travail ? L’exigence d’alternatives est de plus en plus portée par les mouvements sociaux mais il faut rester vigilent face à l’idéologie néolibérale et face au décalage entre les luttes sociales et professionnelles. Un besoin désormais avéré d’une nouvelle orientation culturelle et politique fondamentale nous impose d’envoyer un signal fort à l’ensemble du mouvement social. |