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Le
Blog fiscal
... et des finances publiques
L'Union SNUI-SUD Trésor Solidaires
édite le numéro 3 des
«Chroniques
fiscales»

Vincent Drezet de l’Union SNUI-SUD Trésor Solidaires

Le livre d’Attac Pour un « big bang
fiscal », coordonné par Vincent Drezet de l’Union SNUI-SUD Trésor Solidaires


Les
guides pratiques
du Contribuable

Le texte du
numéro 2 des
«Chroniques fiscales»

Quelle Europe fiscale ?
Fiscalité et justice fiscale


Rapport du SNUI sur l’état de la lutte contre la fraude fiscale

Le texte du
numéro 1 des
«Chroniques fiscales»

Après le "Serpent Fiscal" le dernier livre du Snui :
"Quels impôts demain"


Le serpent fiscal européen


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LA TAXE TOBIN : UN OUTIL POUR MONDIALISER LA JUSTICE
FISCALE
Définition
La taxe Tobin (Tobin tax) est un outil
de lutte contre la spéculation financière imaginé par un professeur américain de
l'université de Yale : James Tobin.
Keynésien, prix Nobel d'économie en 1981, c'est au cours d'un colloque en
1972 que l'universitaire a présenté pour la première fois son idée de taxer
toutes les transactions de change pour décourager "les spéculations qui
effectuent des allers et retours en quelques semaines".
il s'agissait, selon m. Tobin lui-même, de "mettre un grain de sable" dans
ces mécanismes et ce grain de sable prendrait la forme d'une taxe de faible taux
dont les recettes seraient redistribués vers les pays les plus pauvres.
S'il y a actuellement un secteur d'activité qui se porte bien, c'est bien celui
des marchés financiers !
Comme le signalait le journal Le Monde dans son édition du 1er Mars 1998 la
Bourse de Paris est saisie par l'euphorie, le fameux CAC 40 a grimpé de 14,1%
depuis le 1er janvier et doublé en un peu plus de deux ans. Le Dow Jones, quant
à lui, se porte également comme un charme puisqu'il a atteint le seuil des 8500
points, seuil inégalé jusque là.
En une semaine, la valeur des actions a progressé de 4,9% à Paris, de 2,3% à
Francfort, de 1,6% à New York et de 0,27% à Londres. Ces résultats pourraient
être interprétés comme des provocations dans des nations dans lesquelles le
nombre des sans emploi et des précaires est en constante augmentation !
Mais comment pourrait-il en aller autrement dans la mesure où les capitaux
bénéficient actuellement de privilèges énormes : faible taxation, libre
circulation, existence de paradis fiscaux permettant de blanchir l'argent sale.
LES DÉGATS DE LA SPÉCULATION
Depuis la fin des accords de Bretton-Woods qui
régissaient le marché des changes, c'est à dire depuis la décision du Président
Nixon de supprimer, suite aux problèmes de financement de la guerre du Vietnam,
la convertibilité du dollar en or, les marchés financiers sont devenus
instables. Des bulles spéculatives se développent ; la valeur des actifs étant
sans rapport avec la réalité (bulle spéculative de l'immobilier en 1990), les
spéculateurs jouent les monnaies les unes contre les autres et ce au détriment
des Etats. Le Mexique fut ainsi l'objet díattaques en 1992 et 1994, la livre
sterling fut obligée de quitter le système monétaire européen en 1992 suite aux
agissements d'un seul spéculateur : M. Soros (il a joué 10 milliards de dollars
contre la livre sterling et en a gagné 1 !) En juillet 1997, les spéculateurs se
sont attaqués au baht, la monnaie thaïlandaise, entraînant ainsi une grave crise
financière dans tous les pays asiatiques. Le hic c'est que personne ne se
préoccupe des conséquences sociales et humaines de telles stratégies.
Les chiffres donnent le vertige. Aujourd'hui ce sont quelques 1.400 Milliards de
dollars (soit le PIB annuel de la France) qui transitent chaque jour sur ces
marchés. Ces sommes sont placées pour de courtes périodes (moins d'une semaine)
et le "long terme" en líoccurrence est généralement de l'ordre de la dizaine de
minutes ! Les montants atteints font que, de facto, les Etats ne peuvent plus
lutter contre les attaques dont ils sont l'objet, leurs réserves n'y suffiraient
pas.
La situation s'est aggravée depuis 1971 - seulement 18 Milliards de dollars
s'échangeaient alors chaque jour - à cause du développement des moyens de
communication et de l'informatique qui permettent à ces capitaux volatils de
faire plusieurs fois le tour de la planète par jour à la vitesse de la lumière
en récoltant , au passage, de substantielles plus values. Par ailleurs, ces
capitaux "voyageurs" sont réellement spéculatifs car seulement 3 à 18 % de ces
placements seraient liés à des opérations commerciales réelles (couverture de
change).
A long terme, cette situation est néfaste pour l'économie et les peuples n'ont
rien à gagner à ce petit jeu. Les spéculateurs, ne veulent qu'une chose : rafler
une mise copieuse et rapide et ils se moquent bien des conséquences humaines et
sociales de leurs actes. La spéculation est stérile pour l'économie, elle
provoque pour tous les pays une augmentation générale des taux d'intérêts
néfaste aux investissements, elle gonfle la charge des dettes publiques, ce au
détriment d'autres budgets.
IL POURRAIT Y AVOIR UN REMÈDE
L'idée du professeur Tobin est ressortie de
l'ombre lors de la crise mexicaine en 1992/1994 et on en a parlé pour la
première fois sérieusement en Europe lors du sommet social de Copenhague en
1994. C'est M. Mitterand qui a exposé alors son intérêt.
Depuis, les Nations Unies se sont saisies du projet et celui-ci a été également
évoqué au sommet du G7 d'Halifax en 1995.
Aujourd'hui, face à la crise asiatique, mais aussi chez nous avec le
développement du mouvement des chômeurs, le concept de Taxe Tobin trouve de
nombreux défenseurs.
Le débat est lancé et il faut souligner que certains libéraux sont partisans
d'une telle intervention, sans doute effrayés des conséquences de leurs actes.
Au dernier sommet de Davos, M. Soros lui-même s'est déclaré favorable à la
"création d'une instance de contrôle des marchés" et le journal l'Expansion
s'est autorisé un titre choc : "Vive l'impôt mondial antispéculation !".
- le mécanisme de la Taxe
Tobin
Il s'agirait donc d'instituer une taxe au niveau
mondial, unique, à taux proportionnel, de faible montant, collectée à la source.
Pour être efficace cette taxe devrait avoir une assiette, un taux et un
recouvrement identiques dans tous les pays. Elle serait collectée et administrée
par chaque gouvernement sur toutes les opérations concernant le marché des
changes de ses résidents, dans sa juridiction. Les produits de cette taxe
seraient reversés à un fond central contrôlé soit par le FMI, soit par la Banque
Mondiale, soit par une structure démocratique et responsable sous le contrôle
des Nations Unies. Cette dernière solution semble être la plus souhaitable
puisqu'actuellement le FMI, la Banque Mondiale , l'OCDE et l'OMC (les quatre
cavaliers de l'Apocalypse de la "World Company" ?) n'oeuvrent pas spécialement
pour le bien des peuples et ce ne sont pas, par ailleurs, des modèles de
transparence et de démocratie. Cet organisme devrait ensuite redistribuer le
produit collecté, étant précisé que les pays pourraient garder une partie de
leur récolte.
Le taux devrait résulter d'un compromis entre la volonté de stopper la
spéculation, ne pas gêner les autres opérations et rapporter des recettes
fiscales d'un certain montant.
M. Tobin propose une taxe de 0,2%. A ce taux, la taxe est trop faible pour peser
sur les échanges commerciaux ou sur les investissements productifs à long terme,
mais elle permettrait de décourager les spéculations au jour le jour. En effet
au taux de 0,2%, le taux réel annuel serait de 44% pour des capitaux circulant
tous les jours. Les défenseurs de la Taxe Tobin indiquent qu'au taux de 0,25% la
taxe rapporterait 290 Milliards de dollars (166 Milliards pour un taux à 0,1%).
Pour la France, les recettes d'une taxe au taux de 0,2 % représenteraient la
bagatelle de 68 Milliards de F, soit plus de 8 fois l'ISF !
- les oppositions :
Actuellement, seules la France et l'Australie
parmi les pays développés, se sont déclarées favorables à l'instauration d'un
tel système. Il reste donc un énorme chemin à parcourir puisque le mécanisme de
la Taxe Tobin a besoin d'un consensus total pour être efficace.
Les opposants à la taxe indiquent que les difficultés administratives seront
trop importantes et ils mettent en avant l'exemple de l'Union Européenne qui est
incapable d'harmoniser sa fiscalité du capital. Par ailleurs, les paradis
fiscaux risquent de fausser le jeu.
Ces arguments ne sont guère recevables et ces difficultés ne sont pas aussi
insurmontables qu'elles le paraissent. Ce qui fait le plus défaut c'est la
volonté, il suffirait que les nations signent une convention ou un traité
fiscal. Même si cela ne se fait pas du jour au lendemain c'est du domaine du
possible et cela a bien été fait pour l'OMC, tandis que l'OCDE compte bien
procéder de la même manière pour l'AMI dont nous reparlerons dans notre prochain
numéro. Concernant le contrôle de la taxe, les banques qui seraient chargées de
la prélever à la source sont dans tous les pays et elles sont peu nombreuses,
donc faciles à surveiller, de plus quelques organismes regroupent une grande
partie des transactions comme SWIFT (Society for Worlwide International
Financial Transactions) à Bruxelles. Restent les problèmes des jeux d'écritures
des grandes transnationales et l'existence des paradis fiscaux, encore que pour
ces derniers, si les Nations s'en donnaient réellement les moyens elles
pourraient peser pour réduire leur nuisance (en instaurant une taxation des
transferts en provenance de tels lieux à des taux prohibitifs).
Alors, la Taxe Tobin est-elle comme le signalait
Joëlle Kuntz dans le journal helvète "L'Hebdo" (n°51 du 18/12/97)"une utopie du
XXIe siècle"?
Laissons-lui la parole : "Elle a le défaut des utopies : les puissants n'en
veulent pas et les économistes sont presque unanimes à la croire irréalisable.
En réponse à la mondialisation des capitaux, elle a cependant permis de
mondialiser le concept de justice fiscale".
Il est certain que la Taxe Tobin n'est pas "politiquement" correcte et qu'elle
serait, si elle était instituée, le seul impôt vraiment international qui
permettrait de décourager la spéculation, de favoriser le développement
économique des pays et d'aider, par un système redistributif, les pays les plus
pauvres.
A l'heure actuelle, n'est-il pas temps de réfléchir à une autre fiscalité, plus
efficace, plus juste, plus redistributrice à l'échelle de la planète ? Sacré
utopie en effet ! Nos Etats devraient renoncer à une once de leur souveraineté
dans cette affaire, et c'est peut être là que le bât blesse le plus ! Mais par
la spéculation contre laquelle ils ne peuvent plus lutter, ne perdent-il pas
plus grandement de leur pouvoir ?
Utopie peut être, mais le SNUI pense qu'il est temps de poser les premiers
jalons. C'est dans ce sens que notre syndicat soutient activement la création
d'une association non gouvernementale destinée à promouvoir la Taxe Tobin :
ATTAC à l'initiative du Monde
Diplomatique !
SOURCES
CEUX QUE CE SUJET
INTERESSE POURRONT UTILEMENT SE REPORTER AUX DOCUMENTS SUIVANTS :
Article d'Ibrahim Warde
"Le projet de taxe Tobin, bête noire des spéculateurs, cible des censeurs", Le
Monde Diplomatique Février
1997.
Article d'Ignacio Ramonet
"Désarmer les marchés" Le Monde Diplomatique Décembre 1997.
"Vive l'impôt mondial
antispéculation" L'Expansion n° 567 du 4 mars 1998.
Capital n°78 de mars 98
sur la crise en Asie.
Voir également Unité (hebdo du SNUI)
n°737 du 23 Mai 2000
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